Arriver

 

Arriviste, arrivage, arrivant, arrivée, arriver est un verbe riche en viande. Arrivederci n’est lié qu’au plaisir de se rivedere, on peut donc lui dire au revoir.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Qu’il vente, qu’il pleuve ou que le grésil poudroie, arriver implique une destination :

bien arrivé [à la gare [viens me chercher]].

Mais

quand est-ce qu’on arrive ?

suggère un déplacement rapide. Ainsi,

arrive, vite !

ne se dit plus guère, pléonasme oblige. Avec un pronom personnel en revanche, le succès de

j’arrive !

ne se dément pas, surtout s’il y a des lasagnes.

Et l’étymo dans tout ça ?
On y arrive.

Au XIe siècle, ariver se limite au contexte géographique. Ce qui devait arriver arriva, cinq siècles plus tard, on en fait l’équivalent d’« avoir lieu, survenir ». Il faut encore en poireauter deux avant qu’arriver ne « réussisse » à faire oublier son sens littéral.

C’est qu’il nous aura bien menés en bateau, le bougre. Aborder/bord, accoster/côte… Sur le même principe, arriver, c’est « toucher la rive », mes loupiots. Latin arripare, construit sur ripa, la « rive ». On a déjà causé de ces p devenus v.
Ripa pour sa part semble avoir rippé de rei-, l’indo-européen signifiant « déchirer, couper », d’où l’endroit où la terre s’arrête.

Ripicole (« qui vit en bordure des eaux courantes ») et ripisylve (« qui caractérise une végétation broussailleuse et arbustive, propre aux rives des cours d’eau ») sont les seuls dérivés observables. A condition de n’avoir pas les yeux rivés sur la rivière et le rivage, évidemment.

 

Expliquer la différence entre rive et berge nous en prendrait cinq ; on n’y arriverait qu’en ramant.

Merci de votre attention.

 

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« Arriver (à) »

 

Dans le droit fil d’« habiter (à) », voilà un dilemme sur lequel nous butons comme des mutons. Disons-le tout net : quand arrive arrive, on n’arrive jamais (à) décider du sort de la préposition.

Mais revenons à nous, moutons.

Ce à, le locuteur exigeant qui sommeille en vous vous hurle pourtant de ne surtout pas l’oublier. En ajoutant « khônnard » afin de ne laisser aucune place à l’indulgence.
Car, bien souvent, votre envie de vous mesurer à vous-même et aux autres est sanctionnée par ce constat :

j’y arrive pas.

Y sous-entend l’action au point qu’on en vient inconsciemment à virer à.

T’arrives monter ou je te fais la courte ?

Notez que courte sous-entend échelle au point qu’on en vient à la virer sans ménagement, elle aussi. Résultat : trois côtes cassées.

 

Mine de rien, arriver s’octroie donc les mêmes pouvoirs que pouvoir, derrière lequel en effet l’infinitif suffit :

je peux/j’arrive le faire.

Vilain, certes, à lire comme ça, mais la locution tronquée est si tentante qu’elle prend parfois ses aises :

Il n’arrive plus s’en passer.

Avouez que glisser un à là-dedans flirte avec l’incongru ! Mais remplacez par parvenir.
Pour les battements de coulpe, c’est par ici.

 

A la décharge d’arriver, on le laisse souvent se balader tout seul, çiloui-là. Par exemple, à l’appel de votre nom, votre premier réflexe n’est-il pas de répondre :

J’arrive !

Eculé stratagème qui vous donne du répit pour finir vos trucs en cours mais qui a le don d’énerver la cantonade, laquelle aimerait bien passer à table, si c’était possible.

Et, au terme d’un long trajet émaillé de

C’est quand qu’on arrive ?,

lorsqu’enfin

on est arrivé,

c’est à destination.
En tendant l’oreille, les malades en voiture auront même la chance d’entendre les grumeaux du vomi déclarer : « nous v’là rendus ».

Merci de votre attention.