Comment tout avaler d’une traite ?

 

A peine vaquez-vous à une occupation que le devoir vous appelle. Si vous êtes dans votre bain, encore vous suffit-il d’enjamber la baignoire et de nouer une serviette là où je pense, en poussant un rogntûdjû pour la forme.

Mais lorsque vous êtes en train de bouffer ? On vient vous interrompre la bouche pleine, ce que tous les codes du savoir-vivre condamnent avec fermeté. Et pas moyen d’y couper : c’est maintenant ou tout de suite. Mieux vaut lâcher votre frichti toutes affaires cessantes, sans quoi vous passerez pour un tire-au-flanc et c’est vous qu’on lâchera pour finir.

Or, vous venez à peine de commencer. Sauter un repas n’est déjà pas recommandé, pas question de crever la dalle dans une heure – sans parler du soin avec lequel vous aviez préparé votre gamelle.

Foutu pour foutu, la tentation est grande de tout gober d’un coup. Mais avez-vous songé à l’indigestion et au charivari gastrique ?

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en Gargantua civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Vous aviez prévu de gueuletonner à l’abri des regards. Puisqu’on vient vous chercher, partagez votre pitance avec l’ennemi, qui pensera moins à vous emmerder.

 

♦  Au foot, surtout si vous êtes goal, évitez de vous faire mal voir du petit teigneux qui vous sert de capitaine. Enfournez comme vous pouvez et, quand celui-ci viendra vous congratuler après un arrêt dont vous avez le secret, recrachez-lui tout à la gueule.

 

♦  Et l’arête de poisson ? Les statistiques les plus affolantes courent sur les décès par étouffement. Devenez vegan, ça vous coupera l’appétit pour un moment.

 

♦  Solidarité avec les vaches toujours : prenez exemple sur le système digestif des ruminants. Une simple greffe et vous pourrez régurgiter à l’envi.

♦  Faites-vous respecter, nom de nom. Face à ceux qui vous pressent de tout mettre dans la bouche, une seule solution : la grève de la faim.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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Supporter/soutenir

 

L’anglicisme consistant à supporter au lieu de soutenir est, disons le mot, insupportable. Ou insoutenable, c’est selon.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On a beau « supporter » x ou y jusqu’à l’extérieur du terrain, y’a pas de quoi être fier vu que l’autre verbe dit la même chose en mieux.

Voici comment Hillary Clinton haranguait dernièrement sur France Culture :

Que vous supportiez le sénateur Sanders ou que vous me supportiez (…)

Le même passage sur Arte :

Que vous supportiez le sénateur Sanders ou que vous me souteniez (…)

Hein ! Entre constance dans la mocheté et traduc à moitié assumée, quelle version choisiriez-vous ?

 

Pourquoi pas soutenir tout du long ? Si c’est pour éviter la répétition, elle figure déjà dans la phrase stazusienne :

Whether you support Senator Sanders or you support me (…).

Mais rogntûdjû,

que vous souteniez le sénateur Sanders ou moi (…)

et ce serait plié, sans changer le sens. Et sans s’encombrer de faux amis.
Faut vraiment tout faire dans cette boutique.

 

Rappelons que la candidate exhorte des supporters (ou partisans) qui ne sont pas à proprement parler ses souteneurs, aussi inconditionnel que soit leur soutien. Pour contrecarrer souteneur (ou soutien, un poil impersonnel), le supporter a donc traversé l’océan et la Manche, tout bruyant et bigarré. Sans qu’on ose le franciser en « supporteur », notez bien, malgré la phonétique (on était déjà sourd). Résultat : supporter a le cul entre deux chaises et se soutient difficilement.

To support a suivi le même chemin vers nos côtes. Embarquant du même coup le contresens. La mère Hillary en est donc réduite à demander qu’on la supporte, au moins jusqu’au bureau ovale.

 

Plutôt que de supporter supporter, soutenons soutenir. Dieu bénira l’Amérique et ça nous fera des vacances.

Merci de votre attention.

 

180°C

 

Avec un nom aussi génial, le plus dur était fait. Que l’auteur de cette trouvaille se dénonce, il aura le droit de lécher le plat à vie.

Quand on s’appelle 180°C, on a tout compris à la cuisine. Ce bel objet – on n’ose dire « revue » tant le contenu, dense, l’allure, sublime de simplicité, incitent à le garder jalousement à l’abri du graillon – paraît deux fois l’an, à raison de 180 pages l’unité (et si y’en a un peu plus, ils vous le mettent quand même).

 

Encore une feuille de chou dédiée à la boustifaille, pestez-vous. Z’avez pas fini de faire la fine bouche ? Trois repas par jour supposent de bien savoir sous quelle table on met les pieds.

180°C les met dans le plat. Au hasard des pages du dernier numéro, on découvre les règles de la cuisine « télé-crochet », édictées par Lucifer (sic). Le ton est léger comme une mousse, à des années-lumière du dénigrement de la malbouffe façon disque rayé.
Car dans 180°C, tout est juste. Et drôle, très très très drôle. Impitoyable même, dès qu’une mode devient trop abstraite pour les épicuriens que vous êtes. A côté, le présent blog fait figure de pipi de chat émulsionné à la petite bière et brisures de roupie de sansonnet.

C’est le format « mook » – ce livre-revue reléguant les autres parutions au rang de touille-salade – qui permet cette écriture non formatée, où la connivence est dans les détails (comme le diable, toujours lui).

1

Comme quoi, la cuisine, il y a ceux qui en parlent et ceux qui la font. Sous le vernis du pittoresque, en autant de pages que nécessaire, on partage ainsi la vie de permaculteurs normands. Ou d’un chef étoilé autodidacte, à l’écart des sirènes médiatiques. Quant au gâteau brioché au chocolat, c’est celui de mamie Reine et pas un autre, le cliché en fait foi.

2

La devise « des recettes et des hommes » annonce d’ailleurs la couleur (et avec elle le surtitre Reportages/Réflexion/Humeur/Recettes, dans cet ordre). Le tout frais Traité de miamologie, concocté quasiment comme un hors-série, prend même la peine de décrypter pour vous « les fondamentaux de la cuisine par le pourquoi », en croisant théorie (découper/assaisonner/cuire, la sainte trinité) et pratique la plus quotidienne (personne jusque-là n’avait cru bon d’expliquer pourquoi l’ail des patates sautées n’entre en scène qu’à la fin, rogntûdjû). Rien que pour ça, l’équipe des bienfaiteurs au grand complet mérite des poutous. Baveux bien sûr.

 

Ruez-vous les cocos, certains numéros sont déjà épuisés.

 

www.180c.fr

Fulgurance #78

Les couverts en plastique ne coupent rien, fors l’appétit. S’ils continuent de se vendre, c’est uniquement pour éviter d’avoir à emmener nos propres couverts (qui, eux, coupent et piquent normalement).
Mais alors, pourquoi pas des tire-bouchons en plastique ? HEIN ?

Stations en bataille

 

Laisser un endroit dans l’état dans lequel on le trouve ; de par leur sacerdoce, voilà bien un principe qui ne s’applique pas aux garagistes (bien que le plus souvent, tout indique qu’ils n’ont touché à rien). C’est même incompatible avec le décrassage du transmuteur à cause de la valvinette du vilebrequin et des clapettes parallèles qui jouaient sur le sous-ignifugeur principal et c’est pour ça que les pas de vis de la calissandre étaient foutus.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Forte de cet avantage sur nous autres mortels, l’engeance à mains noires pousse le bouchon de radiateur jusqu’à tripoter votre autoradio. Au sortir d’une réparation vous laissant déjà l’impression de vous être fait emboutir l’arrière, des hertz inconnus s’affichent au tableau de bord et retentissent dans vos baffles. Et tous vos rogntûdjûs n’y changeront rien.
Exactement comme si vous récupériez votre ordinateur guéri d’on ne sait quelle vérole par le technicien qui en aurait profité pour installer un nouveau fond d’écran plus à son goût.

Hein que c’est énervant.

Quelque amour qu’ils vouent au cambouis, les mécanos font un boulot pénible. A l’atelier plus qu’ailleurs, bosser en musique est donc légitime. Que ne dérèglent-ils leur propre transistor ?
Au motif qu’ils opèrent à cœur ouvert une titine qui n’est pas la leur, devraient-ils en disposer comme bon leur semble ? Et sans recoudre ?

Un viol supplémentaire, voilà, automobilistes, ce qu’on vous inflige après la douloureuse.

 

Pour que votre intimité ne soit plus jamais souillée, un bon geste : achetez un vélo.

Merci de votre attention.

 

Mascara

 

Les nanas du sexe féminin s’en peinturlurent les cils depuis la nuit des temps. Il constitue à coup sûr le premier signe d’émancipation des fillettes qui font tout pour leur ressembler. Ajouté au fard à paupières, force est de constater qu’il embellit puissance 10. On se demande bien pourquoi les gars préfèrent jouer du biceps. Khôn comme un mâle.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que masque le mascara ? Pas grand-chose pour l’espagnol, dont c’est le mot pour… masque. En anglais et en french, le cosmétique naquit mascaro (depuis 1883 chez les Grands-Bretons, vingt ans plus tard sous la plume de Colette). Auparavant, une mascarade a longtemps désigné une nouba masquée avant de devenir le simulacre que l’on sait. L’italien maschera signifiait-il pas « faux visage » dès le XIVe siècle ?

La faute au radical d’avant les langues romanes maska (« noir »). D’où maskara, « tache noire » ayant fait tache d’huile tout autour de la Méditerranée. On finit par rattacher la couleur aux spectres et autres personnages de sorcellerie, regroupés sous la bannière latine masca. Maintenant que vous le dites, rien de tel que de se noircir la caboche pour avancer masqué et avoir l’air méchant.

Ah ben oui au fait, on en oubliait le meschant du XIIe, participe présent de mescheoir (« arriver malheur », littéralement « tomber mal ») et son préfixe qui va bien pour « mal » (mésestimer, méconnaître). Même en anglais (mistake, to miss) ! Autant dire que çiloui-là, l’est passé par le Nord, où on a pu le croiser en missa- (« faux », « rater »). Auparavant, il courait partout en indo-européen déguisé en mei- (« changer », d’où muer, muter) et en mel-, dont la descendance va de malin à mélasse (via le grec mélas, « noir » ben tiens…).

Partant, du mascara sur des cils déjà noirs, permettez que je me gausse. Khôn comme une nénette. (C’est du rimmel que vous mettez ? Au temps pour moi).

 

En parlant de ça, jamais de raccord mascara qui tienne au volant, rogntûdjû ! Vous risquez juste l’accident bête et méchant. Z’aurez l’air malignes avec votre malus tiens.

Merci de votre attention.

 

Bibliothèque

 

Dans notre série « séparation de l’Eglise et de l’Etat, ça va, de la langue c’est pas gagné », démonter une bibliothèque réserve quelques surprises. Pourquoi biblio- plutôt que « libriothèque », sur la base du liber latin, cette « partie vivante de l’écorce » qui nous a donné le livre ? Parce que LE livre, depuis Gutenberg, c’est la Bible. Ainsi soit-il.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Mettons que vos bouquins commencent à s’entasser dangereusement. Vous fonceriez ni une ni deux chez le Suédois zieuter les coranothèques ou les talmudothèques ? C’est pas pire hein ! Soit dit en passant, le meuble serait vite sur pied, avec son unique étage de ça de large. Toujours ça de pris.

On imagine déjà les théologiens et autres exégètes montant sur leurs grands chevaux : « ouiii mais les Ecritures n’ont pris le nom de Bible qu’au début du XIIIe sièèècle, d’après les biblia, « livres sacrés » latins empruntés au grec το ̀βιϐλι ́ον (« papier, lettre, liiivre ») et d’ailleurs le mot désignait avant même l’invention de l’imprimerie un « grand livre » puis un livre tout couuurt et, par analogie, un livre auquel on se réfère souvent (jamais sans ma biiible) et… ».

Levez pas les yeux au ciel. Trop contents d’avoir gaulé un mot aux Athéniens, les Romains, pendant qu’ils y étaient, ont nommé bibliotheca une « salle renfermant des livres » ainsi que l’armoire prévue à cet effet. Laquelle est parvenue sans bouger jusqu’à nous, en dépit de la surcouche chrétienne et des siècles d’autopersuasion de foi qui l’auront vermoulue.

De même, nos semblables en âge de s’emboîter vont en discothèque. Sûrement pas pour admirer la « collection de disques », va. Que de bons bouquins (et de bonne zizique) partis en sueur et en surdité précoce, moïe oïe oïe…

 

Quand Dieu créa le pommier on ne sait plus quel jour (alors ça aussi, s’Il a tout créé, y compris la Nature, les « jours » ne pouvaient Lui préexister rogntûdjû), Il l’appela « arbre de la Connaissance ». En toute logique, aux pots et aux anniversaires, on devrait donc becqueter de la tarte aux connaissances sans que personne y trouve à redire. A part les peine-à-jouir qu’aiment pas la cannelle mais ceci fera l’objet d’un débat ultérieur.

Merci de votre attention.