Fausses jumelles

 

Il est temps de se focaliser sur un scandale dont personne ne s’émeut, ni pouvoirs publics, ni société civile, ni donneurs d’alerte d’aucune sorte : on ne voit jamais à travers des jumelles comme on veut bien nous le faire croire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vous qui avez coutume d’observer qui la faune d’en face, qui la voisine sauvage (ou l’inverse), bref qui vous voulez sans être vu, savez que la représentation graphique ou cinématographique dudit zieutage (avec le double arrondi en forme de coque de cacahuète) ne correspond en rien au rond central dans lequel la scène se déroule en réalité.

Foutage de tronche dont, moussaillons, à vos postes, voici un exemple fameux :

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Case de Coke en stock, p. 38.

On retrouve la coque de cacahuète caractéristique. La coquille de noix qu’on y voit dériver vaudrait même mise en abyme si nous étions d’humeur.

 

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Même case, transposée en couverture !

Jumelles devenues périscope, telles une chrysalide binoculaire ?
Il y a des sapristi qui se perdent.

 

Si l’œil ne transmet au cerveau qu’une image bien nette, il ne s’escagassera pas à ne fusionner qu’à moitié son pourtour. En poussant à fond cette logique à deux ronds, pourquoi pas deux ronds séparés par le nez ? Voyez bien que ça ne tient pas.

Mais nous sommes sûrement un peu khônkhôns.
Afin qu’on comprenne tout de suite qu’il s’agit de jumelles (tout du moins pour en donner l’illusion) : compromis de la coque de cacahuète, avec du noir autour.
Szut à la fin.

Merci de votre attention.

 

Enregistrer

 

C’est pas le tout d’appuyer sur Rec (sans oublier Play, sinon ça marche pas) : enregistrer dérive d’un long processus. Consulter les registres nous aidera sans doute à y voir plus clair.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il va sans dire qu’enregistrer, c’est conserver en mémoire. Via des 0 et des 1, sur bande ou directement dans notre propre cervelle, ce garde-manger épatant.
Mais l’acte sacré de l’enregistrement (symbolisé par une loupiote rouge intimant le silence dans les studios dédiés) consiste à littéralement « mettre dans un registre ».
Lequel, au XIIIe siècle, est intégralement copié sur registrum, lui-même altéré du pluriel latin regesta, « listes, matières enregistrées », autrement dit un catalogue, échappé du participe passé de regerere, « reporter, ramener », au sens propre « prendre avec soi et porter ailleurs ». Verbe dont le radical gerere nous ramène à gérer/gestion (« porter »), gestation (« portée ») ou encore geste (« chose portée » d’où « comportement »). D’autres suggestions ?

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Aux Stazunis comme au Commonwealth, to register a d’ailleurs pris le sens de « s’inscrire ». Curieusement, enregistreur s’y dit recorder (‘souvenez de la touche Rec tout à l’heure ?). Au point que les « disques » sont là-bas des records. Rotondité du support vs chose enregistrée. Forme et fond, c’est vieux comme la musique.

 

Quant à l’inverse d’enregistrer, il s’agit non de « déregistrer » (ce serait trop beau) mais d’effacer. Z’allez rire, ce dernier signifie au pied de la lettre « enlever de la face ». Les disques n’étant plus ce qu’ils étaient et comportant désormais une seule face, dites-vous bien qu’à chaque fois que vous effacez un CD vierge réinscriptible pour réenregistrer par-dessus, le sacré en prend un coup.
Le pire des sacrilèges consistant bien sûr à le laisser traîner tout déguenillé sans pochette n’importe où. Bien enregistré ?

Merci de votre attention.