Les impératifs techniques

 

Sans vouloir vous commander, à quoi bon employer l’impératif avec des verbes sur lesquels on n’a pas prise (mériter, décider, mourir, avoir prise…) ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour les verbes d’action, pas de lézard :

Va chercher,

et le clebs s’exécute.

Cette loi d’airain s’applique à tous. A l’exception notable du papy sur la route, sur lequel

aaavaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaance,
mais rrrouuuuuuuuuuuuuuuule !

n’auront hélas aucune portée.

 

Mais c’est avec les verbes d’état que notre libre arbitre montre réellement ses limites.

Soyez pas khôn

n’est qu’un cri d’impuissance. Certainement pas une injonction suivie d’effets.

Dans un tout autre genre, il ne suffit pas de décréter :

bronzons

pour que le miracle ait lieu. En coulisse, c’est la mélanine qui se tape tout le boulot.

De même, ne dites pas :

pullulez

à un groupe d’insectes, notamment à dard.

Dormir ? Si les conditions sont réunies, pas besoin de se faire prier. Mais quand on n’est pas fatigué ? L’hypnotiseur insiste bien :

Dormez, je le veux.

Et n’intimez l’ordre de ronfler ni pendant le sommeil (on ne vous écoutera pas) ni avant ou après (vous n’obtiendrez qu’une pathétique imitation).

Quant à

oublie,

vous pouvez oublier. Même en vidant la mémoire en cache de votre cerveau, un souvenir laisse toujours des traces.

 

Puisqu’elle n’a pas de raison d’être, considérons comme inusitée la conjugaison à l’impératif des verbes d’état. Allez, soyons fous.

Merci de votre attention.

 

Comment garder un bout de couette ?

 

Ce n’est pas lorsqu’il se soumet à Dieu, au capital ou au dogme de son choix que l’Homme court à sa perte. Son véritable avilissement, sa servitude volontaire, c’est de se faire piquer sa couette en pleine nuit. Tirer la couverture à soi jusqu’au tréfonds du plumard, voilà ce qui caractérise nos civilisations.

Malgré la résistance héroïque de vos petits bras grêles, c’est toujours au hasard d’un caprice de Mgnmgnmorphée que votre compagnon de page vous dépossède. Malaise sur l’alèse. Le froid subi par votre flanc ainsi découvert n’est rien à côté de celui jeté sur le petit déj à venir.

Les fabricants de couettes eux aussi vous ignorent, puisqu’ils n’ont jamais songé à les faire pendouiller de chaque côté à la longueur idoine.

La théorie de l’espace vital a encore de beaux jours belles nuits devant elle.

couette2Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en annexé civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  L’amputation de votre co-alité.

 

♦  Le célibat le plus forcené.

 

♦  Ou au contraire, le ménage à trois. A condition que vous ronquiez au milieu.

 

♦  Et pourquoi pas chacun sa couette, comme pour l’oreiller ? Les fabricants de couettes n’y ont jamais songé non plus.
Il ne vous paraît pas hautement improbable que les fabricants de couettes soient un peu bas de plafond, finalement.

 

♦  La couette cousue au matelas. Nécessite un matelas de rechange les nuits de canicule.

 

♦  La couette cousue sur vous. Présente l’avantage de ne pas devoir vous habiller le matin.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.