Loterie

 

Contrairement à la loterie où un seul péquin gagne le gros lot, l’étymo déçoit rarement son monde.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Puisqu’on est tous égaux face à la chance, tenter la sienne est une occasion inespérée de se distinguer. Résultat : 99,9 % d’entre nous repartent avec des lots de consolation.

Les perdants du loto le savent bien, qui naguère succombaient au slogan :

100 % des gagnants auront tenté leur chance.

Lapalissade également valable avec « perdants ».

Au fait, loto et lot ne feraient-ils pas partie du même lot ? Il y a de fortes chances.

 

Perdons pas de vue qu’avant toute histoire de loterie, le lot n’est qu’une

part d’un ensemble

ou de simples

marchandises ou produits acquis, vendus ou donnés ensemble.

Un lot de n’importe quoi donne, par extension, un

ensemble d’éléments considérés comme formant un tout.

Raison pour laquelle ceux qui sont « au-dessus du lot » se sentent parfois bien seuls.

 

Il semble que le bas francique lot ait inspiré le gothique hlauts, « sort, héritage » et l’ancien haut teuton hlôz, « sort », devenu Los, « destin ». Mais on le retrouve beaucoup (« a lot/lots of ») chez les Anglo-saxons. Le vieil anglois entendait par hlot un « objet utilisé pour déterminer la part de quelqu’un » : dés, courte paille, hallebarde à quiche… D’où la notion de « hasard », puis de « groupe, ensemble », en vigueur dès 1725.

 

De nos jours, on est plus ou moins bien loti selon que les voisins de son lotissement sont de braves gens ou – plus probablement – des gros khôns.

 

La prochaine fois, nous inspecterons, sous contrôle d’huissier, jackpot, tombola et roue de la fortune.

Merci de votre attention.

Voler de ses propres ailes

 

Une coutume tenace veut qu’on prenne son indépendance au moment de voler de ses propres ailes. Il faut le voir de ses propres yeux pour le croire de son propre cerveau.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Quand bien même s’étale-t-il de tout son long les premiers temps, un oiseau ne peut voler que de ses propres ailes, mettez-vous bien ça dans vos crânes de piafs. Avant de quitter le nid ? Papa-maman le trimbalent en vol. Avec leurs propres ailes, oui oui. Vous faites des bouffées de pléonasme ?

Essayez avec « s’envoler », pour voir. Techniquement, sachant qu’on ne peut « voler » qu’après s’être « envolé », cette histoire de « propres ailes » a du plomb dans l’aile.

voler2Quant au pilote de ligne, si son avion vole (selon un aérodynamisme honteusement pompé ci-dessus), ce serait un abus de langage de dire qu’il en fait autant. Forcément, il est à bord !
Le ver qui bouge encore dans l’estomac du prédateur ailé « vole »-t-il, lui ? Au contraire, il n’a jamais été aussi loin de sa liberté chérie.

 

C’est précisément sur cette notion de liberté que « voler de ses propres ailes » entend insister.
Mais alors, pourquoi pas « marcher de ses propres pieds » ? Personne ne peut marcher à votre place, à plus forte raison dans les pas de vos aînés.
« Rouler de ses propres roues » ? Prenez l’apprenti pédaleur. Non seulement le tricycle est à lui mais son nombre de roues compense encore des maniements difficiles.
« Manger de sa propre bouche » ? Idem : à l’heure du Blédina, c’est bien le four de bébé qui s’ouvre et non un autre. Vous pourrez toujours tenter de lui faire avaler que la cuiller est alternativement pour les membres de l’entourage, celle-ci lui est aussi destinée.
En revanche, si la bouche est propre au terme de l’opération, c’est qu’il est prêt à voler en solo.

Merci de votre attention.