Sérieux

 

Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux, voilà le secret, les aminches. Si vous le découvrez à l’instant, c’est que vous êtes nés dans un corps d’adulte. Auquel cas votre vieille mère a dû en baver un brin.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

De tout temps, nos zacadémiciens ont entendu par sérieux une chose « importante, à prendre en considération », une personne « digne de confiance », le tout en parfaite opposition à rigolo. Dichotomie aussi absurde que la vie, on l’a vu. Comme disait l’oncle Oscar dans l’un de ses aphorismes à toute épreuve :

Life is too important to be taken seriously.

Pas chatouilleux pour un sou, l’adjectif a tôt fait de prendre le sens de « grave, pouvant avoir des suites fâcheuses » :

Carla et moi, c’est du sérieux.

Mille pardons pour cette abrupte dégringolade.

 

Sérieux provient du latin médiéval seriosus, dérivé de serius, lui-même sans doute issu de sevrius, parent de severus (« un air sévère »), piqué au grec ancien σέβας (sébas) qui a fini par accoucher de Sébastien, « le vénéré ». « Seb, c’est bien », on comprend mieux pourquoi.
J’en connais deux-trois, dont le prénom ne faisait pas l’unanimité jusque-là, qui vont repartir regonflés à bloc.

Vous vous dites : rien de tel qu’un bon vieux radical indo-européen pour irriguer tout ça. On ne peut rien vous cacher. Swer- (car c’est bien lui) charrie où qu’il passe l’idée de « lourd » (qu’on remet tout de suite en allemand : schwer, « pesant, grave »).

Là oùsque ça devient coton, c’est que le verbe anglais to swear (« jurer ») suinte aussi de swer- qui, dans ce cas-là, signifie « parler ». Et quand on jure sur le Saint Suaire, c’est qu’on est grave sérieux. Si vous pensez que je vous raconte des craques, ma réponse tient en un mot : answer. Encore un sermon là-dessus ou ça suffit comme ça ?

Merci de votre attention.