Comment sauter à travers un cerceau en feu quand on est une enclume ?

 

Quand bien même vous seriez du sous-genre des enclumes apprivoisées, il est peu probable que vous lisiez ces lignes (l’apprivoisement a ses limites). Vous ne viendrez pas chouiner lorsqu’on vous enjoindra de sauter dans le cerceau. Monde cruel du spectacle, celui-ci aura toutes les chances d’être enflammé.

 

Un coup à y laisser votre peau ? Allons bon, ce ne sont pas trois flammèches, le tracsir ou la menace du fouet qui feraient reculer une grande fille comme vous, génétiquement programmée pour qu’un forgeron vous martèle du métal en fusion sur le râble du matin au soir !
Au hop ! du dresseur, sachez vous en souvenir.

 

D’ailleurs jusqu’à maintenant, vous vous contentiez d’être là où on vous posait, à bout de bras pour vous éviter tout effort ; bref, vous vous empâtiez.

Un bon geste. En l’honneur de vos aïeules.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en enclume civilisée.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le plus dur n’est pas tant de sauter que de prendre de l’élan. Accélérez progressivement votre course en roulant-boulant sur vos pointes. Pour le reste, il suffit de retomber avec grâce.

enclume

♦  Si Dame Nature vous a dotés d’une paire de pointes justement, ce n’est pas pour la déco. Faites flap-flap de toutes vos forces puis attaquez le trou en piqué.

 

♦  Considérez les autres animaux du cirque comme autant de compagnons d’entraînement. En particulier, n’hésitez pas à foncer à dos d’éléphant, seul capable de supporter votre poids. Seule contrainte : un cerceau de la taille d’une maison.

 

♦  Vu les doses de comburant utilisées par cet imbécile de dresseur, une fois que le chapiteau brûle, terminez de vous distinguer en sauvant la veuve et l’orphelin des flammes. Que vous braverez sans rien sentir, pas même le roussi.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Flippant

 

Pour détendre immédiatement l’atmosphère, petite histoire drôle.

Connaissez celle de Flip-Flap la girafe ?
C’est un hélicoptère qui survole la brousse et flip-flap la girafe.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On rigole on rigole mais pas tant que ça, nous l’allons voir. Flip est attestois en anglé (ou l’inverse) vers 1590. Petit saut en arrière : il faisait déjà partie du plaisant « flip-flop » soixante-dix berges earlier. « Petit saut en arrière » dit-on car, vous l’aurez compris, c’est précisément la définition du mot. On se marre subtil aujourd’hui.

 

C’en est presque flippant : notre flippant n’a aucun équivalent dans sa langue de naissance, où flipping n’existe que pour ne pas dire f…ing (shocking, isn’t it ?) et où ce faux-ami de flippant signifie « désinvolte ». Tout le contraire de l’expectative et de l’angoisse en vigueur sur nos côtes.

Quand on sait qu’hors le gymnase flip n’est qu’une « chiquenaude », on comprend mieux pourquoi le nom flipper, tiré du verbe, a pris le sens d’« aileron » chez les bestiaux aquatiques toujours enclins à sauter. D’où le nom du dauphin pour filles et du jeu d’adresse pour garçons où ces ailerons savamment manipulés te me vous expédient la bille à perpète.

Ce qui explique également que l’on flippe ses aïeux à l’approche d’un squale tandis que nos cousins grands-bretons restent d’un flegme à toute épreuve. On ne se refait pas.

 

Mais z’alors, d’où tirons-nous cette acception capillo-tractée ?

On respire un peu en apprenant qu’à la moitié du siècle dernier, to flip commence à revêtir l’idée argotique d’« excitation », jusqu’à « perdre la raison ». De là à « perdre ses moyens », il n’y avait qu’un bond.

Emotion toujours, les plus vert-de-grisés d’entre vous se souviennent encore du temps où les disques avaient une face B, que l’on jouait une fois le bras en allé de la face A dans un « t-t-t », et que les gars de chez Gramophone appelaient affectueusement flip side. De là à « se retourner les sangs »…

L’adrénaline nous perdra.

Merci de votre attention.