Comment fêter dignement son anniversaire quand on est une sauterelle ?

 

Vous avez rameuté tout le quartier, prévu des victuailles en nombre, en un mot, pris vos dispositions pour fêter votre anniversaire.

Premier problème : vous êtes une sauterelle verte. La notion d’anniversaire vous est donc parfaitement étrangère, comme du reste celle de calendrier.
Deuxième hic : votre longévité n’excède pas l’été. Dans ces conditions, le terme d’« anniversaire » n’est-il pas un brin galvaudé ?

Justement, la vie belle saison est trop courte pour se priver de chouilles à tout casser.

 

Selon des modalités restant toutefois à définir. Evitez l’anthropomorphisme façon cartoon du pauvre, où chaque convive rirait fort, boirait beaucoup, au son d’une musique déchaînée. En tant que tettigonia, vous êtes sûrement plus maligne que ça.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en orthoptère civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Vous avez tout le jardin pour vous, profitez-en. Prudence tout de même avec le barbecue, la chair de sauterelle grillée s’accommode mal avec les poivrons.

 

♦  Organisez dans l’allée du garage un cricket géant. Rigolade garantie.

♦  Au lieu de singer les bamboulas existantes et jouer à qui vomit le plus loin, défoulez-vous plutôt à échappe-prédateur, avec dame Nature pour seule juge. Rigolade garantie derechef.

 

♦  Si réellement vous êtes une sauterelle, il est peu probable que vous lisiez ces lignes. Encore moins que vous ayez besoin de conseils pour striduler comme il se doit « joyeux anniversaire ».

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Tripatouillage

 

On préfère ne pas savoir ce que tripatouillent les tripatouilleurs. Pourtant, que de tripatouillages pour en arriver à tripatouillage. La nature est bien faite.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Face au vide lexical de 1888, afin de dire « remanier abusivement » en parlant d’une œuvre, un critique littéraire s’est donc permis d’amalgamer tripoter (ça, on voit bien ce que c’est) et patouiller (ça par contre, prt et re-prt).

 

A tout seigneur, tout honneur : commençons par tripoter, qui (vérité première toujours oubliée) vient de tripot. Avant la

maison de jeu clandestine ayant mauvaise réputation,

le tripot, lieu de totale éclatche

où se pratiquait le jeu de courte paume,

abritait des manipulations plus anodines.

De fait, tripot n’est rien sans triper, « sauter, danser » au XIIIe siècle, issu de treper, « frapper du pied, sauter » (mi-XIIe), qui d’impatience a fini par trépigner.

 

Le plus rare patouiller apparaît dans les eaux de 1175 sous la forme patoiller, « barboter, patauger ». Jusqu’à prendre au XIXe siècle le sens de « manipuler, tripoter ». Autrement dit, tripatouiller, somme de tripoter et de patouiller, équivaut à deux fois tripoter. C’est dire le degré d’inavouable.

Mais zalors, patauger serait-il une variante de patouiller ayant réussi dans la vie ? Exact, les deux compères dérivent de patte, elle-même construite sur le radical patt- évoquant des pas, particulièrement en milieu boueux. Au passage, l’onomatopée nous a valu nos patins qui, c’était couru, mènent tout droit au tripotage susnommé.

 

Par ailleurs, on ne sera pas surpris d’apprendre que trifouiller est né des amours malsaines de tripoter et de fouiller.
Sur ce dernier, nous procéderons aux fouilles réglementaires une autre fois.

Merci de votre attention.

 

Remarquer

 

Vous l’aurez remarqué, remarquer n’est pas « marquer à nouveau » tel Zizou un soir de Coupe du monde mais « être frappé » par quelque chose : batte de baseball, girl next door ou tout autre instrument contondant. Encore que le verbe s’applique de moins en moins au second cas, nos contemporains se retournant sur chaque fille du sexe féminin qui passe (non sans signifier leur transport d’un « mate la meuf » ou, plus subtilement, d’un « ’tain comment qu’elle est trop bonne ». Il s’agit là d’une malformation chromosomique très grave dite des « couilles à la place des yeux ». Ça se soigne uniquement à la batte de baseball [ou tout autre instrument contondant]).

Tex Avery

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Remarquer donc, c’est avoir l’esprit marqué au fer plus ou moins rouge. Cette marque nous vient à coup sûr du vieux scandinave merki, « signe distinctif ». Or c’est connu, à mesure qu’on s’éloigne des fjords, la politesse se perd ; sur les côtes normandes est ainsi apparu le verbe merchier, « faire un merc ou une merque sur un objet pour le distinguer d’un autre ». Selon la version officielle du moins, parce que stricto sensu les gars chiaient dans la mer pour marquer leur territoire ; ç’a cessé lorsqu’ils se sont rendu compte que tout s’en allait avec la marée.

 

Trêve de calembredaines, on en serait encore à dire « ouverture de la merque grâce à Zizou qui a merchié un but magnifique » si ces collectifs d’Italiens ne nous avaient point offert marca, par l’entremise du francique markôn, « marquer, imprimer le pas » et du vieux teuton marcon, « limiter, mettre des bornes ». Lequel, beaucoup, beaucoup plus tard, a donné notre marcher (se mouvoir dans la zone ainsi délimitée).

Inspirés par ce marquer tout pimpant, les Normands se sont finalement rachetés en subsituant à remerchier (« repérer l’endroit où se cache une perdrix », si si, attesté en 1376 !) l’actuel remarquer.

Promis, même pas en train de vous faire marcher.

Merki de votre attention.