Polémique

 

L’art de mettre les pieds dans le plat ? T-t-t. Vous oubliez qu’une polémique n’intervient qu’après des propos polémiques. Et n’est entretenue que par d’autres propos polémiques. C’est dire si elle s’astique le turlupet.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Peu de polémiques passionnent les honnêtes gens, hormis les amateurs de Paul-Emile Victor et de contrepèteries.

Le tour du sujet en moins de quatre-vingts mots à dos de Camus :

Il n’y a pas de vie sans dialogue. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplacé aujourd’hui par la polémique. Le XXe siècle est le siècle de la polémique et de l’insulte. (…) Des milliers de voix jour et nuit, poursuivant chacune de son côté un tumultueux monologue, déversent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, défenses, exaltations.

Bébert l’œil de lynx.

 

Puisque l’étymo, elle, en vaut la peine, souvenons-nous qu’une « chanson polémique » est une chanson « guerrière » fin XVIe. Rapport au vieux grec polemikos, « querelleur, qui concerne la guerre », issu de polemos, anciennement ptolemos, la « guerre ».

Quand Ptolémée suscite une polémique intersidérale, il l’a bien cherché, après tout.

 

Dans son De jure belli ac pacis, Grotius jure que polemos provient de poles, alias « le grand nombre » (v. polis).
Plus on est de fous, plus on mord, ça pourrait coller.

 

Tout ceci donne une progéniture relativement limitée : polémiqueur, polémiquer ainsi que le jumeau mort-né polémiser. Polémiquement, si on s’enfonce un peu.

Heureusement, pacificateur, pacifier et pacifiquement sont nettement moins farouches.

Merci de votre attention.

paul-emile victor

Comment réserver toute la rangée sans châle digne de ce nom ?

 

Vous arrivez le premier. Mais vous n’êtes pas le premier venu. Et comptez bien le faire savoir au reste de l’auditoire. Puisque rien ne vous l’interdit, vous entreprenez de faire main basse sur toute la rangée de sièges pour vous et votre smala.

En principe, un simple châle suffit à prendre possession des lieux. Ou à défaut, un papier par tête de pipe disposé d’autorité, sur lequel vous aurez griffonné « Réservé ».

Mais dans le cas où vous porteriez une de ces tresses infâmes (celles en franges de tapis) tandis que la bille de votre Bic gèle dans votre poche, de quoi auriez-vous l’air ?

 

Ne déclarez pas forfait pour autant. Qu’iraient penser vos potes s’ils se trouvaient dispersés aux quatre coins de la salle par votre faute ? Ils vous rendraient la pareille à la première occasion et c’en serait fini de votre belle amitié. Tout ça pour une histoire de lainage trop court ?

écharpe2

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en éclaireur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Afin qu’aucune fesse étrangère n’empiète sur vos plates-bandes, déshabillez-vous en laissant traîner vos frusques en évidence (ruse dite de la « strip-travée »). Veillez néanmoins à vous arrêter à temps sous peine de vous faire éconduire par la sécurité.

 

♦  Profitez du contact rapproché avec ces gorilles pour leur subtiliser un talkie-walkie dont, une fois vos places regagnées en douce, vous tirerez l’antenne sur toute la longueur.

 

♦  Marquez littéralement votre territoire en vous soulageant un chouïa sur tous les sièges. Le stratagème incommode vos amis ? Demandez à chacun qu’il vous prépare un petit flacon, soigneusement étiqueté, dont vous prendrez soin de répandre le contenu nominativement.

 

♦  Faites-vous passer au préalable pour un officiel. On s’empressera de vous réserver des places que vous n’occuperez pas pour finir.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.