Cahin-caha

 

Dans la grande famille des couci-couça, prêchi-prêcha, méli-mélo, tohu-bohu et « vas-y Wasa » (mais là, on est déjà dans la famille éloignée), cahin-caha passe pour le moins fantaisiste. Raison de plus pour le titiller comme il faut.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Synonyme de « tant bien que mal », « kahu kaha » ou « cahu caha » est « vulgaire en Touraine », d’après Rabelais. Ce qui n’empêche pas l’auteur d’en parsemer son œuvre. Et pose la question de savoir si c’est du bon français partout ailleurs. Le tourangeau serait-il bégueule ?

Certains confondent cahin-caha et clopin-clopant. Il est vrai que les boitillements de ce dernier rappellent la démarche par à-coups du premier. Sans compter qu’incidemment, cahin-caha a sans doute été bringuebalé au gré des cahots.

Certains confondent cahot et chaos. Il est vrai que les désagréments de l’un rappellent la détresse dans laquelle l’autre nous plonge. Remède infaillible : un cahot ne prête pas à conséquence et n’accouche que de cahoteux, qui va bras dessus bras dessous avec caillouteux. Avec chaos en revanche, rien ne va plus et c’est l’adjectif chaotique qui sort vainqueur par K.-O.

 

Cahot, bien sûr, est le fruit de cahoter, apparu au XIIIe siècle sous la forme « racahoter », probablement dérivé du moyen hollandais hotten, « secouer », sur lequel s’est greffée l’idée de creux liée à ca-.

On évoque aussi à mots couverts le latin quatottare, fréquentatif de quatere, « secouer » toujours (d’ailleurs on ne connaît que lui).

D’autres encore (ça défile, ça défile) avancent la locution « que hinc que hac » ou « qua hinc qua hac », qu’on pourrait traduire par « de-ci de-là ». Manque de bol, on ne relève rien d’approchant dans toute la littérature latine.

A moins que les manuscrits n’aient chu de la carriole, vu l’état de la route.

Merci de votre attention.

 

Rescousse

 

Encore un mot qui clouera le bec de ceux qui pensent pouvoir se passer d’autrui en toutes circonstances. Seuls habilités à ne jamais prononcer rescousse : ermites, pompiers, personnes décédées.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’expression consacrée veut donc qu’en cas de danger on appelle quelqu’un « à la rescousse ». Si l’individu n’est pas physiquement présent, il est tout à fait possible de l’appeler au téléphone et à la rescousse. Le cumul se fait automatiquement.

Comme ça, à brûle-pourpoint, rescousse serait la petite sœur de secours que ça ne nous ferait point tomber à la renverse. Témoin l’angliche rescue, qui touche aux sauveteurs professionnels (tandis que nous autres venons à la rescousse de façon totalement désintéressée, that’s the difference).

Mais attention aux faux amis.

 

D’abord, rescousse a connu plusieurs variantes. Au nombre desquelles rescusse, rescosse, voire recousse (sous l’influence de recourir) : « action de reprendre qqch ou qqn enlevé de force ». En l’espèce, il s’agit tout khônnement du participe passé féminin substantivé de l’ancien verbe rescourre, « arracher, délivrer, reprendre » [son dû, donc].

On ne vous la fait pas, re- ne fait qu’intensifier escourre, « secouer, arracher, enlever, se détacher », calqué sur le latin excutere de même sens.
Et avec le radical cutere, on peut en voir du pays, dites donc : dis-cuter, per-cuter, con-cussion
D’ailleurs, il suffit de jouer avec les préfixes pour qu’apparaisse bientôt sous nos yeux ébahis succutere, « agiter, ébranler », précisément à l’origine de notre secouer.
Hein qu’elle secoue, cette étymo.

 

Puisqu’on en est à examiner cutere sus tutes les cutures, on tombe rapidos sur sa première version quatere, « trembler ». Aucune descendance probante ? Et casser alors (du frérot latin quassare) ? Sans oublier l’earthquake de nos amis grand-bretons, et crac !

The boucle is boucled : quand le tremblement de terre a tout cassé, appeler à la rescousse s’impose.

Merci de votre attention.