Que faire en cas de panne de PQ ?

 

Allez chez le voisin quémander œufs ou farine, il vous dépannera sans barguigner et à charge de revanche. Que le PQ vienne à manquer par contre et vous ne saurez plus vers qui vous tourner.

Pourtant, le produit n’est pas de consommation moins courante que les denrées comestibles ci-dessus, comme sa plaisante abréviation en témoigne. D’ailleurs la cuisson du cake peut attendre, son démoulage nettement moins.
Nonobstant le caractère d’urgence, votre amour-propre vous interdit formellement de solliciter qui que ce soit ; votre réputation en pâtirait sur le palier et au-delà. Vous préférez peut-être vous promener le slibard souillé plutôt qu’impeccablement torché ?

 

En premier lieu, il vous appartient d’inspecter l’état du stock avant vous être soulagé(e). Faute de quoi vous vous mettrez littéralement dans la merde.

Si le PQ lui-même est en panne (cas rarissime), appelez SOS PQ (0,34 € la minute, prix d’un appel local). Un réparateur agréé interviendra dans la demi-heure et décoincera le rouleau d’une seule main, l’autre lui cachant la vue de vos parties intimes.

 

Si vous êtes toujours en rade malgré ces précautions, il vous faut trouver une solution avant de ne plus pouvoir vous retenir.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en inconséquent civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  En piquer au boulot. Si l’idée ne vous a jamais effleuré, vous êtes une grande âme. Le pays a besoin de chouettes gens comme vous et ça tombe bien, les chiottes élyséennes sont toujours pourvues.
Si les distributeurs de votre lieu de travail ne délivrent qu’une feuille à la fois, autant démissionner.

 

♦  Mouchoirs en papier, essuie-tout, autant d’expédients à éliminer de suite. Quitte à vous râper le scrotum, rabattez-vous sur du papier émeri, qui vous donnera entière satisfaction.

 

♦  Comment faisait-on avant l’invention du papier toilette ? Vous avez tant de peine à l’imaginer que seule la téléportation viendra à votre secours. Si vous vous demandez comment faisait-on avant l’invention de la téléportation, un peu de papier toilette viendra à votre secours.

 

♦  Creusez le concept des toilettes sèches. La sciure de bois se charge de tout nettoyer à la place de l’eau, pourquoi pas votre séant ? En cas de lombricompostage, n’hésitez pas à expérimenter les vers, ils sont là pour ça.

 

♦  L’efficacité des sèche-mains électriques est devenue redoutable. A quand le sèche-cul électrique ? Adieu la pénurie de papier ! N’en profitez pas néanmoins pour vous faire aspirer de trop près, on vous connaît.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Succursale

 

Il faut se rendre à l’évidence : malgré les apparences, succursale n’a rien à voir avec succulent. Quoique le nom ait l’air aussi succulent que l’adjectif. Alors que succulent n’étant guère succursale, on peut difficilement retourner le compliment à celui-ci.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Nous sommes d’accord, une succursale n’est autre qu’une annexe, une antenne, et n’ayons pas peur des mots, une filiale. Soit, ce qui permet de délocaliser un brin la production.

On rencontre la belle au sein des dicos depuis 1718 (date où elle fait encore du gringue à un adjectif, transposable au masculin : succursal !). Un demi-siècle plus tôt, son sens est d’ores et déjà acquis : « lieu qui dépend d’un autre et où s’exercent les mêmes activités ». On ne fait pas plus clair.

 

Tout ça parce que, sur le tard, le latin s’est rendu compte que succursus manquait à son vocabulaire – à n’en pas croire ses zoreilles quand on sait que le mot a donné secours.

Entraînez-vous dès aujourd’hui, dites : « roue succursale ».

Autour du bénitier, succursus devient la « suppléance du service » de M’sieu l’curé, les « églises succursales » servant comme de juste à dispatcher les ouailles.

Succursus ne serait rien sans son verbe d’origine succurrere, littéralement « courir sous », (sub-currere), qui nous amène insensiblement à « courir vers » pour, logiquement, « secourir ».

 

Et c’est ici que succulent revient à la charge, qui « contient beaucoup de suc ». D’où par extension, « savoureux », « à s’en lécher les doigts », « s’en péter la panse » et autres détails sordides.
Mais sachez, pauvres fous, que succursus ne nous est ici d’aucun secours puisque c’est succus le responsable (« suc »). Tiré de sugere, je vous le donne en mille : « sucer ».

Loin de moi l’idée de suggérer quoi que ce soit de graveleux à ce stade.

Merci de votre attention.