Epouvantail

 

Tout se perd, même les épouvantails. Heureusement, ça nous donne l’occase de réviser le pluriel, avant d’entrer dans les détaux.

Mais revenons à nos corbeaux, moutons.

Voilà un gonze dont même la phonétique sent le bric et le broc. Rendez-vous compte du pouvoir de dissuasion : un piquet, accoutré été comme hiver de la même redingote miteuse et d’un chapeau trop grand, tout seul pour épouvanter un hectare !

C’est de famille : l’épouvante est unique à des lieues à la ronde. Des émotions avec une finale pareille, pouvez chercher, y’en a pas cinquante. D’ailleurs la supériorité de l’appellation « film d‘épouvante » sur « film d’horreur » n’est plus à démontrer. Ou alors c’est l’horreur.

 

Mais a-t-on jamais pris la peine de lui inspecter les boyaux, à l’épouvante ? E-pouvanter, de prime abord, ça doit revenir grosso modo à faire sortir de nous tout le « pouvant », non ? Ce qui en soi paraît déjà bien épouvantable.

 

On s’en serait douté, l’espavente ou espouvante du XVIe siècle n’est que le déverbal des premières formes d’épouvanter. Zieutez bien la forme primitive avec -a.
Il suffisait à espoënter de se pointer à l’orée du XIIe siècle pour qu’apparaisse l’espoëntaus qui nous occupe. A blâmer, le latin expaventare, vulgaire copie d’expavere : « craindre, redouter ». Ex- n’est là – vous l’aurez compris – que pour renforcer – vous l’aurez reconnu – pavere dont sont issus le rital spaventare et le vieil espagnol aspaventar.

Et d’où croyez-vous que nous ayons peur ? Pavere, toujours lui, « trembler de pavor/poür/pëor » selon le prototype. Mais aussi « être frappé par l’émotion ». Le grand frère pavire signifiant « battre » à cause de l’indo-européen peu- (« frapper »), nul besoin d’écrire des pavés sur le pavimentum, cette « aire en cailloutage et en terre battue ».

 

Quant à l’épouvantail, il se montre « inaccessible à la peur » parce qu’il est impavide mais surtout parce qu’il est en paille. Et dieu sait qu’il pourrait avoir les foins.

Merci de votre attention.

 

Que faire si une soucoupe volante atterrit dans le jardin ?

 

Les esprits forts balayent déjà ce cas de figure d’un revers de main :

Ça risque pas d’arriver, j’ai pas de jardin.

Ne vous faites pas plus khôns que vous n’êtes. Habitués aux atterrissages en urgence, les extra-terrestres finiront par se poser, dans la cour, sur le toit, où sais-je encore : c’est pour votre pomme.
Rien ne vous aura été épargné, c’est la semaine décidément, vous les collectionnez c’est pas possible. Le mot « pompon » revient plusieurs fois au cours de votre lamento.

Au lieu de maugréer, considérez plutôt la chance qui vous tombe littéralement du ciel (et au sujet de laquelle vous ne manquerez pas de sortir un bouquin au moment opportun).
L’espace intersidéral vous tend les bras et vous resteriez dans votre coin à faire du boudin ? L’occasion ne se représentera pas de sitôt, vous savez.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en terrien civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Enguirlandez vos visiteurs gentiment (on ne sait jamais) puis veillez à ce qu’ils replantent le potager tout juste saccagé auquel vous aviez consacré tant d’amour et de coups de grelinette.

 

♦  Prenez habilement congé en leur indiquant la station GPL la plus proche. C’est que ça tète, ces engins-là.

 

♦  Dans le doute, vous vous résolvez à les saluer. Mais comment être sûr que ce petit geste de la main ne sera pas interprété comme « allez vous faire enculer » ? De ce que vous pouvez en voir, ils n’ont ni bras ni jambes ni lobe occipital – encore moins d’orifices : autant dire que toute compréhension est vouée à l’échec.
Pour les avoir toujours imaginés « comme nous » mais petits et verts, c’est le Nombril d’Or que vous méritez (prix collectif pour toute l’espèce). La NASA elle-même n’a-t-elle pas compilé un disque du même métal intitulé « Messages from Earth » à l’attention de ces hypothétiques zigotos ? Voyager leur larguerait la grosse galette dorée qu’ils seraient encore capables de s’en faire un gueuleton. Réfléchissent pas, réfléchissent pas.

OVNIs

♦  Vous fuyez, conditionné par ce genre de répliques de série Z :

I-will-be-pleased-to-see-the-earthmen-disintegrated.

Mais rien ne dit que les voyageurs du cosmos en ont après vous. Mettez-vous à leur place : si vous faisiez escale sur une planète lointaine, auriez-vous comme premier réflexe d’en kidnapper un ou deux habitants pour épater les copains au retour ? Ou pis, de tout péter ? Colonialisme le plus desséché ! Vous vous contenteriez de photos, de notes (en vue du best-seller toujours), d’une larme fugitive au moment des au revoir. C’est exactement dans cet esprit que se déroulera leur propre rendez-vous en Terre inconnue, à l’issue duquel ils chialeront comme le veut la tradition.

 

♦  Si l’examen attentif de la soucoupe révèle que c’est de la porcelaine, elle provient en réalité du service à thé avec lequel jouait le petit voisin de l’autre côté de la haie.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.