Exigu

 

Au féminin, exigu devient exiguë, sinon ça fait [egzig]. Et dire qu’on s’acharne à vouloir simplifier tout ça au motif que « le niveau baisse ». Idée absurde née de cerveaux exigus.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme pour ses affidés contigu, ambigu et aigu, il suffit d’ajouter -ïté à exigu pour obtenir un nom qui veuille dire la même chose. On en voit qui sourcillent : même pas vrai, « aiguïté » n’existe pas. Z’êtes d’une acuité rare, aujourd’hui.
Ce qui nous rappelle au passage que promiscuité est orphelin de son épithète ; heureusement, ça n’a pas toujours été le cas.

 

Exigu se fraye un chemin en 1495 au sens d’« insuffisant ». Un emprunt au latin exiguus, « exigu ». On n’en sort pas.

Si exigu vous évoque exigeant avec insistance, votre intuition mérite un susucre. Exigere, en latin, c’est « pousser dehors », « dans ses derniers retranchements » au figuré, en vertu de son prototype ex-agere. En dégageant bien la racine, on constate qu’il s’agit d’agir. Le passage à l’acte s’opère donc tout naturellement vers le « rigoureux » exact. Autrement dit, rapprocher exigu d’exact n’est pas exagéré.

Au fait, avec cette notion de « trop exigu », on nage en plein pléonasme. Un endroit exigu l’est toujours trop. Restez-y plus de dix minutes, vous verrez. D’ailleurs, « pas assez exigu » ou « exigu juste ce qu’il faut » ne se disent jamais, sauf chez les geôliers particulièrement retors.
Idem avec exact.

Quant à exigeant précédé de « trop », on peut avantageusement le remplacer par pète-khoûilles.

Merci de votre attention.

 

Gros gogos

 

Pour appâter leurs ouailles, les apôtres du dernier régime procèdent usuellement à coups de montages photographiques montrant le « même » modèle avant et après le miracolo.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vieux comme le monde : on ne voit que ce qu’on veut bien voir. Et si on regardait, de temps en temps ?
Avant, rien n’est retouché, les kilos pendouillent sans retenue, sous une lumière blafarde.
Après, le ventre est plat et raffermi. En outre, la couperose a disparu derrière un teint tout frais éclairé comme il faut cette fois. Et il suffit de quelques jours, hurle une police de caractères aussi épaisse que le repoussoir de départ.
Pas croyable, hein ? Non seulement le zig en surpoids rétrécit de moitié mais, pour peu qu’il soit albinos, il bronze littéralement. C’est bien simple : on jurerait deux personnes différentes.
On ne vous le fait pas dire.
Accoutrez le boudin (à gauche) et la taille de guêpe (à droite) d’un paletot ou d’une gaine de la même couleur : emballez c’est pesé. A l’heure du trucage numérique indétectable, les moutons les plus crédules iront se faire dépecer sur la seule foi de cette pourrave juxtaposition.
Et on s’étonne que le bonneteau fasse encore recette.

Pourquoi les charlatans pubeux n’intercalent-ils pas des clichés pris pendant, pour prouver leur bonne foi ? Avec le visage du modèle bien en vue ? Ou une marque de naissance infalsifiable ?

 

L’arnaque dépasse l’entendement, parce qu’elle crève les yeux. Mais d’autres, aussi éhontées (et guère plus élaborées), nous aveuglent à longueur d’année. Sans qu’il faille chercher bien loin : saints, signes, boules du loto sous-le-contrôle-d’un-huissier-de-justice…
Pis encore – pardon d’insister – les échantillons successifs (donc pas moins changeants que les bedaines qui nous occupent) sur lesquels s’appuient les zinstituts de sondages pour aller tailler le bout de gras en plateau et faire passer leur bifteck pour scientifique.

Merci de votre attention.

 

T-shirt

 

Une sueur froide vous parcourt le T-shirt. Vos vieux restes d’anglais, cette langue qui ne tourne jamais autour du pot, vous font soudain entrevoir la vérité toute nue sur l’origine dudit tricot : une « chemise en forme de T » ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’évidence vous sautera plus encore à la tronche après la prochaine séance de repassage qui vous verra plier T-shirt fumant sur T-shirt fumant. Observez ces manches courtes posées à plat ; jurerait-on pas un vibrant hommage à la 20e lettre de l’alphabet ? Meuh bien sûr que yes.

L’orthographe « t-shirt », fera remarquer le lexicologue rusé, est donc incorrecte, sauf col cheminée et biquouniou à la hanche. Quant à l’abusif « tee-shirt », même le tout-puissant lobby du golf peine à l’imposer.

Heureusement que nous naquîmes avec un tronc et deux bras, sans quoi nous nous baladerions en X-shirt, F-shirt et pourquoi pas en W-shirt à l’heure qu’il est. Bonjour le look.

Enfin, pour que la joie soit complète, relevons le faible des Alsaciens pur jus pour le « T-short ».
L’on s’en taperait les cuisses jusqu’à la fin des temps si l’étymo, décidément royale, ne venait en partie leur donner raison, à ces gloufis.

 

Car cette shirt nous est léguée par le vieil anglais scyrte (« jupe, tunique ») qui a viré non seulement skirt mais… short. Il apparaît en effet que ce terme générique a désigné il y a fort belle lurette un « vêtement court » (skurtjon) en proto-germanique, sur la base de l’indo-européen (s)ker-, « couper, tailler, inciser ».

Et tchac. On écrit sur shirt et on se retrouve à disserter sur écrire (anciennement escrire par chez nous), pompé du latin scribere. On n’oublie pas les Grecs, qui gravaient leurs textes avec un skariphos.

Quant à Scarface, plus moyen de se souvenir comment il s’est fait son entaille çiloui-là, faudrait relire le script.

 

Bref, que de tissu en moins que de tissu en moins. Les frileux, vous pouvez toujours enfiler une « chemise à transpiration » ou un « tirer par-dessus » par-dessus.

Merci de votre attention.