Comment se rabibocher avec sa sœur quand on ne connaît pas le sens du mot ?

 

Tout est parti d’une vétille, c’est monté dans les étages et advint ce qui devait arriver : vous vous fritâtes avec votre sœur. Non-dits, feu aux poudres, on connaît le topo.
Vous n’allez pas rester en froid pour le restant de vos jours respectifs. Etre issu des mêmes gamètes et se brouiller pour si peu, mais c’est un crime contre la nature allons allons.

Bien sûr, hors de question de vous réconcilier sur l’oreiller (surtout si vous êtes un gars du sexe masculin). Dégonflez un peu votre orgueil, refaites un pas vers l’autre, qui fera de même, vous aurez déjà parcouru un bout de chemin considérable.

reconciliation

D’ailleurs tout le monde vous conseille de vous rabibocher. Seulement voilà, kèzezéza, « rabibocher » ? Vous n’avez jamais entendu ce nom-là. Malgré toute votre bonne volonté, ça ne risque pas de se produire pour après-demain.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ignare civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Ouvrir un dictionnaire. Attention, un petit peu plus haut ou plus bas, à rabaisser, rabrouer ou huile sur le feu et tout rapprochement ultérieur sera salement compromis.

 

♦  A tout hasard, puisque la chose a l’air de soigner, gagnez la pharmacie la plus proche et demandez à ce qu’on vous rabiboche avec votre sœur. Sans ordonnance, avec un peu de chance.

 

♦  A force de louper des épisodes, vous n’aviez pas su pour la conversion au judaïsme de votre sœur. Cette histoire de Rabbi Bocher ne vous dit rien qui vaille.

 

♦  Si c’est le sens du mot sœur qui vous échappe, la science ne s’est pas encore penchée sur votre cas. Laissez-lui juste le temps.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Frangin

 

Fait troublant : frangin se décline en frangine pour désigner tout élément féminin d’une fratrie. Au comble de l’affection, imagine-t-on donner à nos sœurs du « frérotte », sur le modèle de frérot ? C’est bien la preuve que frangin/frangine est un couple à part. D’ailleurs, fait troublant, il partage ses fricatives avec frère, alors que vous ne partagez sa fricassée qu’avec votre sœur.

Mais revenons à nos lapins, moutons.

Frangin est d’origine obscure, maugréent les dicos. Qui vont jusqu’à mettre le sens familial et celui de « copain, camarade » sur le même plan. Ce dernier n’est donc pas figuré ?
Figurez-vous que non : c’est le frangin en amitié qu’on rencontre en premier couché on the paper (1821), quand l’équivalent de frère ne débaroule qu’en 1833. Frangine, fait troublant, est attesté la même année que frangin.

 

D’aucuns vont chercher l’acte de naissance du mot dans le Piémont, sans toutefois déterminer si ce franzino est l’aîné ou le cadet de notre frangin.

D’autres y voient un emprunt à l’argot des canuts, ces tisserands lyonnais dont la cervelle légendaire aurait accouché de frangin pour dénommer un faiseur de franges.

Sur cette lancée, d’autres encore évoquent une tradition bien française selon laquelle la totalité des rejetons vivant sous le même toit porterait la frange réglementaire (d’où le caractère unisexe du vocable).

Si l’on suit cette histoire de frange, il faut revenir au latin fimbria de même sens, plus tard déformé – fait troublant – en frimbia.
Vous saisissez le topo ? Le Romain moyen ne se serait pas emmêlé les pinceaux que frangin n’existerait même pas à l’heure qu’il est.

 

Pour conclure dans le tiré par les cheveux, frangin pourrait être

issu d’un croisement de frère avec franc [l’épithète].

Pour être franc, on n’y croit pas beaucoup. A ce compte-là, ç’aurait plutôt donné « franquin », non ? M’enfin !?

 

Comme quoi, avec le frangin, on n’est jamais sûr de rien.

Merci de votre attention.

 

« Faire le job »

 

Oh la belle expression brise-gonades que voilà. Aussi récurrente qu’inopportune dans le babil des politiques, « faire le job » sert désormais à évoquer sans rougir l’action de ces derniers, jusqu’au sommet de l’Etat. Exit les grands desseins d’une République de papa. Qu’on se le dise, nous en sommes au stade (ultime, se prend-on à rêver) où la logique gestionnaire en vigueur commande de « faire le job ».

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Un beau jour, la gent cravatée a en effet estimé que traduire :

to do the job

par

faire le boulot

n’était pas encore assez décontract’.

D’où cet hybride franglais particulièrement malvenu, qui perd de vue l’idée de précarité liée chez nous audit job : sinon travail saisonnier, du moins contrat à durée déterminée, rien en tout cas qui marque une carrière au long cours. Désigner par ce terme un mandat, fût-il quinquennal, donné par le peuple, rabaisse donc le chef des armées au rang de jeune cadre dynamique.
Pire, assurer comme le premier alainminc venu qu’« il fait le job », c’est en définitive marquer contre son camp dans un grand sourire. Avec ses effluves de minimum syndical, l’expression ne fait que desservir l’intéressé, tout juste bon à expédier les affaires courantes.

 

On n’invoquera point ici les grands hommes d’antan avec des trémolos dans la voix ; n’empêche, faudrait voir à pas trop se plaindre si la fonction présidentielle se désincarne à la vitesse d’un Falcon avec des expressions pareilles aussi, les gars, faut tout vous dire…

Merci de votre attention…