Vous savez ce que c’est, les chiffres

 

on leur fait dire ce qu’on veut. Aussi sûr que deux et deux font… ? Y’avait pas de piège.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si votre contradicteur met tout sur le dos des chiffres, vous pouvez être sûr qu’il botte en touche. En insinuant, au mieux, que vous prenez ceux qui vous arrangent, au pire, que vous êtes une bille en calcul. Or, il n’y a pas plusieurs chiffres, n’en déplaise à l’autre empaffé.

 

Du temps de vos culottes courtes, une solution à un problème était la règle tacite entre vous, la maîcresse et le reste de vos petits camarades. Les matheux ne s’aventurent jamais à dire : « les deux sont possibles » (ce dont les littéraires font leur miel). Un énoncé désespérant ? La sortie du labyrinthe vous échappe et il ne faut pas trop compter sur d’éventuelles issues de secours.

 

L’arithmétique est impitoyable avec le hasard (ce dont les matheux font leur miel). Deux résultats différents à partir des mêmes éléments, c’est au moins un paramètre non pris en compte au moment de poser vos zopérations.

 

Si donc on vous sort d’autres chiffres du chapeau, ils proviennent forcément d’un autre calcul. Le comptage des manifestants par la police ou les organisateurs en est la meilleure preuve. Bon chiffre ne saurait mentir, du moment qu’on l’explique. On ne peut pas lui faire dire quoi que ce soit.

 

Quand, prenant le public à témoin, deux représentants du sport national consistant à bidouiller les chiffres se jettent à la tronche des :

ce sont les chiffres,

ils feignent d’être irréconciliables.

Ils sont en réalité de mèche, l’un sachant pertinemment comment l’autre a calculé. Mais ils préfèrent s’étriper, c’est plus vivant.
Pendant les plombes que ça dure, on ne sait toujours pas de quoi ils parlent.

Vous savez ce que c’est, les gens.

Merci de votre attention.

 

« Clé »

 

Témoin-clé,
Moment-clé,
Compétences-clé,
Clé-clé,

tous les contextes sont bons pour adjoindre ce riquiqui vocable à la sauce invariable.
Et pourquoi « clé » plutôt que « manivelle », « ressort » ou « boulon » ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

La clé de l’énigme se situe sans doute dans la « clé de l’énigme » : au figuré, LA solution qui fait avancer le bazar. Restait plus qu’à parer « clé » du sens de « décisif » et le tour était joué.

 

Le mot a, c’est pas neuf, l’étrange pouvoir de s’insinuer partout. Mais d’autres formules creuses à souhait déboulent parfois dans le seul but de faire dresser l’oreille. Ainsi, on est tout heureux d’apprendre que

c’est le tournant du match

ou qu’on a affaire à

une année charnière,
l’album de la maturité,
le sommet de la dernière chance,
des mesures phares,

sans parler du récent

choc

[de simplification ou tout autre substantif cherché au diable vauvert].

 

Pourquoi versons-nous dans le crucial de pacotille ?
Par peur de ne rien ressentir probablement, comme on s’épuise à le déplorer ici même, mes moutons. « Clé » répond (version bon teint) au même besoin de stabilotage que trop, vrai, grave et autres zhyperboles hallucinantes.

‘Tention, on comprend que les jargons de tout poil s’en repaissent, en particulier celui des médias pour qui scénariser le réel est une question de vie ou de mort. Mais nous qui n’avons rien à vendre, pourquoi tomber dans les mêmes travers ? C’est une question-clé.

 

On charrie, évidemment ; tout ceci n’a aucune importance.

Merci de votre attention.

500ans