« C’était mieux avant »

 

Est-ce à dire que tout périclite au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin (c’est-à-dire 24h/24) ? Supposons que l’on prenne le continuum à rebrousse-poil et que l’on vienne au monde avec la sagesse d’un schnoque. Se mettrait-on à crier sur les toits : « ce sera mieux après » ? Non, on préfèrerait toujours ce que l’on a vécu en premier.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

« C’était mieux avant » est l’un des leitmotivs les plus difficiles à raisonner. En deux mots, voici pourquoi.
(Z’avez le temps ou pas ?)

En sus d’être sélective, la mémoire enjolive tout, cette coquine. Philosophes et neuroscientifiques le savent bien : le souvenir est un petit être mouvant qui n’en fait qu’à sa tête et continue d’évoluer avec nous.
Ainsi, revoir un extrait de film jadis marquant s’accompagne souvent d’une déception proportionnelle au pourléchage de babines. Dans ces moments-là, comme on en veut à notre mémoire de nous avoir floués ! A tort : quand le souvenir s’est formé, nous étions tout bêtement dans d’autres dispositions.

 

Le c’étaitmieuxavantiste fait donc une confiance aveugle à sa mémoire. C’est ça qu’il faudrait lui rappeler au lieu de le railler en évoquant l’âge de la bougie ! Caricature irrecevable en plus : il n’y était pas. Et comme l’adage ne vaut que pour sa propre expérience…

Précisément, tiens, sous couvert de jugement objectif, « c’était mieux avant » signifie en réalité « j’étais mieux avant ». On ajouterait sans trop broder : « et aucune avancée technique ou sociétale ne peut me donner l’illusion de ma jeunesse ».

De la nostalgie déguisée en passéisme.

 

D’où l’on conclut que le Progrès a course perdue contre le temps qui passe – quand bien même nous serions immourables un jour.

Merci de votre attention.

 

Où étiez-vous le jour de votre naissance ?

 

Le souffle de l’Histoire vous électrise à chaque événement majeur survenant de votre vivant. Vous savez ainsi où vous vous trouviez lors du premier pas sur la lune, certain 11e jour de septembre ou lors de la dernière victoire d’un Français à Roland-Garros, selon la génération qui vous a vu naître.

Précisément, comment se fait-il que vous ne gardiez aucun souvenir du moment où vous vîntes au monde ? Etiez-vous occupé(e) à ce point ?
Consultez une population donnée sur la question, vous aurez invariablement affaire à 100% d’amnésiques.

 

Pas croyable, une distraction pareille. Il s’agit de votre entrée en scène, je vous rappelle – un jour à marquer d’une pierre blanche.
Retrouver des témoins capables de vous rafraîchir la mémoire s’impose.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ex-nouveau-né civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Si vous avez partagé le placenta en colocation pendant neuf mois, demandez à votre jumeau de vous refaire le topo, il était aux premières loges.

 

♦  On peut dire que vous lui devez une fière chandelle. Mais – inconséquence, quand tu nous tiens – vous avez perdu tout contact au sortir de la maternité ! Lancez-vous à la recherche de la sage-femme, il n’est jamais trop tard pour exprimer votre gratitude.

 

♦  Prenez soin de tout consigner dans un journal intime dès le premier jour. Contrainte qui au surplus apportera à votre autobiographie une authenticité inattaquable.

faire-part-naissance

♦  Gardez le faire-part de votre naissance comme pièce à conviction. La candeur touchante avec laquelle vous y déclinez noir sur blanc vos type et identité garantira la sincérité de l’alibi.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.