Egarer

 

Vu son préfixe, égarer pourrait équivaloir à « se perdre en sortant de la gare ». A condition que la gare en question soit inconnue, et assez monumentale pour nous avaler/recracher où bon lui semble.

Mais revenons à nos moutons, moutons. Euh, par là.

1050, première occurrence du verbe. Et encore, sous la forme esguarethe : « troublée, inquiétée ». L’esguarer de 1120 marche d’un pas plus sûr : « perdre le bon chemin ». Il prend le sens qu’on lui connaît fin XIVe : « mettre à une place qu’on oublie, perdre momentanément ».

Ici surgit le cousin germain garer :

« Scheiße, où j’l’ai garée déjà ? »

 

Sûrement du côté de warôn, « faire attention », devenu wahren et bewahren (« préserver ») dans la Prusse actuelle. Not to mention l’anglais beware (« prendre garde à ») et le fameux aware (« conscient »), cher à Jean-Claude Van Damme. Le tout émanant du radical indo-européen wer- (« percevoir, être sur ses gardes »).

Nous-mêmes utilisons l’interjection « gare » pour avertir charitablement la cantonade :

Gare à tes fesses !

Ce que le Jean-Claude traduit sans crier gare par :

Stba !

 

Garer : « faire attention » ; égarer : « ne pas faire attention » ? Excusez, c’est un peu réducteur. Notre sens de l’orientation ferait s’esclaffer une girouette d’accord mais il n’est pas rare qu’on s’égare de bonne foi, notamment sur les sentiers balisés pis d’un coup plus.

Au fait, regardez regarder. Figurez-vous qu’il y a aussi du wer- là-dessous. Et que croyez-vous que gardent les gardes, sinon ce sur quoi il faut veiller, et qu’il ne faut pas égarer ?
On n’a jamais trop d’égards pour la langue.

Merci de votre attention.

 

Onomatopée

 

Pourquoi onomatopée se dit-elle onomatopée et non pimpon, vlan ou wizzzzz ? Parce qu’on n’a jamais réussi à se mettre d’accord sur pimpon, vlan ou wizzzzz.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Cette « formation de mots imitant un son ou un bruit » retentit pour la première fois en 1585 pour désigner quatre-vingts berges plus tard « le mot imitatif lui-même ».
Allons bon. Et quel son le mot onomatopée est-il censé imiter ?

Faites vos jeux :

  • éternuement, notamment celui avec la main ou le mouchoir en butée : onomatoPPP !,
  • galop d’un cheval à cinq pattes : onomatopée, onomatopée, onomatopée, onomatopée
  • monologue alcoolisé, en particulier la variante : onomatopéique.

 

Ce qu’il faut retenir – interro possible avant la fin de l’heure – c’est que l’onomatopée fabrique un nom. Bas latin onomatopoeia, grec onomatopoiia avant lui. Voyez le topo ? Onoma fait « nom » quand on lui coupe les pattes, poiein, « composer », devient « poète » quand on lui donne des ailes. A ne pas confondre avec pouët qui est une onomatopée à part entière.

 

Onomastique, mal-aimée de la famille, ne concerne que les noms propres. Ce qui pose soudain la question de savoir pourquoi « propres » ? Par opposition à « sale » ou « figuré » ?
Meuh non. Un « nom propre » appartient « en propre » à ce qu’il désigne. Il n’y a qu’un seul Mississippi. Et heureusement, parce qu’il n’y a qu’un seul Tom Sawyer.

 

Chez les cousins éloignés, l’onomatologie est la « science des noms et des classifications nominales » tandis que l’onomasiologie s’occupe de « nommer des concepts ».
Quant à l’onomatomancie, il s’agit d’une « divination fondée sur le nom d’une personne, sur le nombre des lettres dont ce nom se compose, etc. ».
C’était plus joli qu’enculage de mouches. Qui, faute de bruit identifiable, n’a pas d’onomatopée.

Merci de votre attention.