Antoine II Caunes

 

Il nous avait laissés en plan pour des raisons qui lui appartiennent, il revient d’entre les morts et ça le regarde derechef. On le regarde derechef vu qu’il nous appartient un petit peu, Antoine de Caunes.

Le Grand Journal se suivait jusque-là d’un œil distrait. Michel Denisot, autre figure du Canal historique, y questionnait ses invités les bras croisés avec le mordant d’une fine de claire. De temps en temps, il se tournait vers la caméra. Ça se passait sans nous.
Depuis que le goguenard a repris la barre, on revit. Il n’aura pas fallu trois jours.
Résurrection mais pas révolution : même plateau, même déroulement, quasiment les mêmes intervenants. On devine toutefois, aux regards amusés du Jean-Michel Aphatie, au vibrionnant et mimétique hommage à Didier Lembrouille dès la deuxième émission par Doria Tillier (plus miss que météo), que la requinque est unanime.
Papa est là, faisons-lui la fête.

Le plus anodin lancement, la moindre transition, c’est impalpable mais ça secoue. Toujours familier, toujours inattendu. Et quand un invité fait référence « au journal Le Monde pour ne pas le citer », qui est-ce qui le coupe aussitôt, relevant la prétérition moitié khoûillon moitié pince-sans-rire, avant de filer la vanne sur toute l’émission ?
Impensable sous Denisot, désolé.

Comme il le souligne lui-même, il y a quelque chose d’étrange à penser que les boutonneux de maintenant ne connaissent de l’intéressé que des pitreries de best of, témoignages mille fois rediffusés de l’« esprit Canal » période Nulle part ailleurs. Ces bleubites ignorent tout de l’interviewer au quart de tour et du ciseleur de mots, partagé entre absurde et pipi-caca assumé. Ils peuvent désormais combler cette lacune en direct. Pour un peu, on les envierait.
Rappelons qu’en 2007, c’est lui et personne d’autre que la quatrième chaîne vient tirer de sa retraite volontaire pour aller cuisiner Paulo de passage à L’Olympia. Petit Scarabée face au Grand. Antoine déconne et les superstars jouent le jeu. Même sa prononciation anglaise de Prisunic nous avait manqué.

 

De Caunes aborde la soixantaine. Outre que le temps n’a pas prise sur lui que c’en est passablement énervant, c’était aussi l’âge de Philippe Gildas au moment de quitter NPA. Autre siècle. Manifestement, le fils caché est resté frais comme un gardon.
D’ailleurs, dès son coucou liminaire, l’a pas pu s’empêcher d’évoquer un « monstre de Basse-Bretagne » que tout le monde aura reconnu à ses extravagantes esgourdes, photomontage à l’appui. Il a pris son air de sacripant et c’est comme si tout le monde s’était quitté la veille. Ne manquait que la moue déconfite de Gildas, celle d’il y a dix-huit ans.

Laps durant lequel le gus n’aura, de son propre aveu, « pas fait grand-chose » à part du cinéma et deux-trois cérémonies pour récompenser les collègues d’adoption.

Dis, tu nous refais plus ça, hein ?