Priorité à droite toute

 

Tout frais du jour : interrogé sur la « préférence nationale » prônée par son groupuscule, un FNeux s’est empressé de répondre en termes de « priorité nationale ». L’acharnement avec lequel il tentait de caser ce nouveau zélément de langage pour faire oublier l’autre n’était rien à côté de celui qu’on mettra à le pulvériser.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Toujours aussi puant, le concept est néanmoins mieux emballé. Dès qu’on ouvrira le paquet en revanche, l’odeur risque de prendre un peu à la gorge. Mieux vaut ne pas revenir là-dessus.

 

Les aminches, il va falloir vous y faire, priorité a désormais priorité sur préférence. On voit un peu pourquoi.

La priorité à droite, ça ne se discute pas, c’est le code de la route. A mille lieues de la subjectivité suintant par tous les pores de préférer.

Avec ce dernier, vous passez ouvertement pour des racistes. De surcroît, une loi estampillée « préférence nationale » serait recta retoquée par le conseil constitutionnel, garant de l’égalité et de la fraternité républicaines. Ce que la chefaillonne du groupuscule, juriste à ses heures perdues, ne sait que trop.

Préférer marginalise. La priorité, au contraire, vous met du côté du droit. Sans elle, ce serait l’anarchie. Elle relève du « bon sens », cher au groupuscule (comme à tous les autres) parce qu’il s’oppose à toute idéologie. Ce qui n’empêchera pas l’affaire de sombrer dans l’anticonstitutionnalité la plus totale.

 

Mais faites gaffe : à force de vouloir gommer tous les mots qui encombrent – jusqu’au nom du groupuscule, devenu simple couleur, il ne va plus rester que du vent. Moins détectable que le zyklon B mais tout aussi volatil.

Merci de votre attention.

 

Température ressentie

 

Jadis, la météo de papa ne délivrait que la sentence du thermomètre. Nous autres petits veinards avons désormais droit aux températures ressenties, plus volontiers d’ailleurs en cas de glagla. Aussitôt la question se pose : ressenties par qui exactement ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que voilà un concept diantrement intéressant. Et pourquoi pas, à côté du compteur kilométrique, une seconde aiguille indiquant la vitesse ressentie ? Ça commencerait à devenir chouette aux anniversaires : une bougie concordant avec l’état civil, un gâteau en rab pour l’âge que vous auriez l’impression d’avoir.

Car enfin, cette température ressentie, où l’a-t-on relevée ? Certainement pas dans le fion du commun des mortels, à 37,2 °C qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Sans compter l’imprudence de se balader comme ça de ce temps-là, t-t-t.

 

Parce que, comme sa consoeur, ladite température est donnée à l’avance par-dessus le marché. Elle n’a pu, par définition, être ressentie par personne. Les météorologues se sont donc accordés pour établir une différence moyenne entre le nombre de degrés du dehors et celui éprouvé dans notre chair. En décidant d’un écart à tel taux d’humidité dans l’air ou au milieu de telle rafale.

Or, pour avoir tous côtoyé des frileux, nous savons par expérience que la température ressentie est d’une subjectivité à faire frémir. Ce mercure intérieur varie du tout au tout d’un individu à l’autre selon son métabolisme, son épiderme, ses épaisseurs, l’abribus…

 

D’ailleurs, si l’on veut savoir précisément à quoi s’en tenir (notamment côté garde-robe), quelle utilité d’avoir deux températures pour le prix d’une ?
Rendre la météo plus fun. Un chiffre impersonnel mais personnalisé. Une précision forcément imprécise. -3 °C ? Oui mais c’est comme s’il faisait –10, voyez comme l’hiver est rude.
On vit sa saison à fond, autrement dit.

 

Les températures ressenties sont censées pimenter le bulletin météo.
Attention cependant, beaucoup de vent à prévoir.

Merci de votre attention.

 

« C’était mieux avant »

 

Est-ce à dire que tout périclite au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin (c’est-à-dire 24h/24) ? Supposons que l’on prenne le continuum à rebrousse-poil et que l’on vienne au monde avec la sagesse d’un schnoque. Se mettrait-on à crier sur les toits : « ce sera mieux après » ? Non, on préfèrerait toujours ce que l’on a vécu en premier.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

« C’était mieux avant » est l’un des leitmotivs les plus difficiles à raisonner. En deux mots, voici pourquoi.
(Z’avez le temps ou pas ?)

En sus d’être sélective, la mémoire enjolive tout, cette coquine. Philosophes et neuroscientifiques le savent bien : le souvenir est un petit être mouvant qui n’en fait qu’à sa tête et continue d’évoluer avec nous.
Ainsi, revoir un extrait de film jadis marquant s’accompagne souvent d’une déception proportionnelle au pourléchage de babines. Dans ces moments-là, comme on en veut à notre mémoire de nous avoir floués ! A tort : quand le souvenir s’est formé, nous étions tout bêtement dans d’autres dispositions.

 

Le c’étaitmieuxavantiste fait donc une confiance aveugle à sa mémoire. C’est ça qu’il faudrait lui rappeler au lieu de le railler en évoquant l’âge de la bougie ! Caricature irrecevable en plus : il n’y était pas. Et comme l’adage ne vaut que pour sa propre expérience…

Précisément, tiens, sous couvert de jugement objectif, « c’était mieux avant » signifie en réalité « j’étais mieux avant ». On ajouterait sans trop broder : « et aucune avancée technique ou sociétale ne peut me donner l’illusion de ma jeunesse ».

De la nostalgie déguisée en passéisme.

 

D’où l’on conclut que le Progrès a course perdue contre le temps qui passe – quand bien même nous serions immourables un jour.

Merci de votre attention.