Design

 

Etre un nom ne lui suffit pas. En douce, il se fait passer pour épithète. Et encore, soit c’est « très design », soit pas d’un pouce. Le design ne se contente pas d’un bout de la couette.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Aucun design ne fait l’unanimité. Mais c’est de sa faute aussi. Forme, couleur, matière détonnent avec tout puisque l’objet est designé pour révolutionner le concept. Bref, très peu pour nous.
Ce qui n’empêche pas le designer de rester cet être admiré de tous en secret. Alors qu’au fond, il ne fait que dessiner.
On dit ça à dessein, évidemment.

 

Revenons en Anglaisie dans les années 1580. Le terme design y est tout désigné pour désigner ce que nous appelons alors desseing : « but, projet ». Depuis, on lui a égalisé les pointes, sauf dans blanc-seing qui porte encore la signature du latin (de)signare : « marquer ».

Signe qu’il y a tout intérêt à « suivre » le mouvement, comme l’indique l’indo-européen sekw-no- construit sur sekw-, dont a gardé pas mal de séquelles.

 

Et quel rapport avec dessin ? C’est le même mot. Depuis, on lui a fait les sourcils, mais pas plus tard qu’en 1529, un desseing est une « représentation graphique » frangine du pourtraict. Il a beau virer desing vingt ans plus tard, c’est toujours le digne déverbal de desseigner.
Longtemps gommée, la distinction dessein/dessin n’est actée qu’au début du XVIIIe siècle.

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Certains tenteront, avec un succès relatif, de nous fourguer stylique à la place de design. Outre que le mot n’est pas très design, ses spécialistes sont des stylistes, que l’on confondra aussitôt avec les créateurs de mode.
L’autre inconvénient, c’est que la rivalité ne repose sur que dalle : ce sont de vieux amis. Style = stilus = poinçon.
D’où stylo, pas besoin de vous faire un dessin.

Merci de votre attention.

 

« Géolocaliser »

 

Nous autres terriens le nez dans le guidon ne détectons même plus le snobisme de ce verbe étrange. C’est vrai ça : comment se faire localiser autrement que géographiquement ? En se mettant hors de portée des satellites. C’est-à-dire en orbite, ce qui nous pend au pif.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Localiser :

Repérer l’emplacement exact de.

Géo- : « terre », depuis les Grecs.

Par voie de conséquence, « géolocaliser » un être vivant quel qu’il soit, c’est le localiser où qu’il aille.

 

Le pléonasme a fait le tour de la terre. Si bien qu’on a du mal à l’originolocaliser.
Naît-il avec le gépéhès, dont les initiales signifient sûrement Géolocalisation [Plus Simagrées] ? Point point. Global Positioning System, voilà l’identité du mouchard à voix de fille du sexe féminin.
Et puisque le système est global, il couvre par définition toute la surface où nous serions susceptibles d’organiser des crapahuts. Soit de la croûte terrestre à l’atmosphère.

Si le èfebihaye localise un individu dans un périmètre bien défini, les satellites localisent nos bagnoles et téléphones (jamais nous directement, tiens) dans leur propre rayon d’action, tout aussi défini. Où l’on voit que géo-, rapporté à l’immensité du cosmos, fait un peu petite bite.

Tout fiers de leur concept, les inventeurs voulaient sans doute signifier par là non pas localisation sur terre mais localisation n’importe où sur icelle.
Vu la définition ci-dessus, localiser n’importe où, est-ce bien localiser ? La question reste ouverte.

 

Quant à l’utilité de la chose, souvenons-nous de cette réflexion du poète :

There’s nowhere you can be that isn’t where you’re meant to be.

C’est simple.

Merci de votre attention.

all-you-need-is-love

Second

 

Avant toute chose, prononcer « segond » pour éviter moqueries et blagues douteuses à l’endroit du deuxième. Tentation à laquelle, par respect pour Poupou, on ne cèdera pas ici. Remarquez qu’on ne devrait avoir recours à second que lorsqu’il n’y a pas de troisième. Car si ce khôn est second, imaginez ce qu’on dirait du troisième. Quant à ce pauvre bougre de quatrième, il échoue selon l’expression consacrée à « la place du khôn », je vous ferais dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On retrouve cette particularité de l’adjectif second en voiture, où la seule vitesse à ne pas se plier au cycle ordinal première-cinquième est justement la seconde. D’ailleurs, faites l’expérience, quelle est l’injonction revenant le plus souvent derrière un pépé rigoureusement indépassable ?

Passe la secooooooooooooooonde !

 

De tout temps, second a donné du fil à retordre. Il n’y a qu’à voir les graphies successives de la bête.
On relève ainsi secunt en 1119, secund (1140), segont (1160) voire, la même année, le substantif segonz, écrit seconz un siècle plus tard, sans oublier le secont de 1288, les secons et segon de 1375 ainsi que le vieux provençal segunt (XIIe s.). Aux ceusses qui feraient remarquer que ça va p’t-être aller, manquent à l’appel segond, secunz, six-coups, tripou et anxiolytique léger. Alors s’il-vous-plaît, je vous en prie.

 

Comme l’adverbe secundo le rappelle à point nommé, c’est de la faute du latin. Secundus – car c’était lui – signifie « suivant, qui vient après » en vertu de sa racine sequi, « suivre », qu’on retrouve sans trop se fouler dans nos séquence, conséquence, séquelle et obsèques. Et aussi, en déterrant un peu (quoiqu’après obsèques, déconseillé) dans secte, persécution et exécution (noter le crescendo). Autant de mots où rutile le c de second.

 

Fort bien, dites-vous, on comprend alors le verbe seconder mais pourquoi avoir appelé une seconde « seconde », nom de Zeus ?
Tout bêtement parce que c’est la durée qui correspond à la seconde division de l’heure, après la minute. Autrement dit, si les Zanciens avaient décidé de partir de la seconde pour arriver à l’heure, on serait pas rendu, à la minute où je vous parle.
Info à faire suivre.

Merci de votre attention.