Compter

 

Si vous êtes de ceux qui ne s’en laissent pas compter, pour ce qui est de lire et écrire, votre compte est bon.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

En voilà un verbe qui compte. Non content de

déterminer une valeur ou une grandeur numérique par un calcul ou une suite de calculs, ou, le plus souvent, par une énumération

ou d’

énumérer la suite des nombres entiers

comme à cache-cache, il sert aussi, de manière moins littérale (ou moins matheuse), à

prendre en considération,

autrement dit

tenir compte.

Sans compter les espoirs souvent déçus qu’il suscite :

compte là-dessus.

 

Commencez à avoir l’habitude, ce p sur lequel tout repose n’est pas là pour faire joli. Un vestige du latin computare, « faire les comptes, calculer », au sens propre « élaguer, tailler ensemble ».

Avec sa gueule de computer (un ancien verbe à nous by the way), computare l’ordonné ne pouvait compoter qu’en ordinateur.

 

Une fois com- élagué, d’autres bourgeons apparaissent sur -putare : amputer (« couper » en beauté), imputer (« mettre en ligne de compte »), supputer (« évaluer, estimer »), disputer (« examiner de fond en comble ») ainsi que le député, réputé être votre « délégué ». Mais aussi putatif et puits, cette « coupe » dans le sol.

Il est clair que l’indo-européen pau- a encore « frappé », avant de former les pavés qu’on connaît.

 

Au fait, compter marche main dans la main depuis le XIIIe siècle avec conter, né cunter vers 1100. Les deux verbes ne feraient-ils qu’un, au bout du compte ? Exactement. Conter, raconter, c’est « énumérer » des faits.
Toutes nos excuses aux illettrés du début.

Merci de votre attention.

 

Zoner

 

Zoner figure probablement bon dernier de sa page. Vous qui lisez ces lignes, il a donc fallu que vous zonassiez jusque-là. C’est ce qui s’appelle – malgré le sens du verbe – avoir de la suite dans les idées.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Traîner sans but précis, par désoeuvrement,

signe d’une

existence précaire,

zoner, c’est se comporter en zonard. Voire en khônnard pour les plus atteints.

Voilà taillée à l’« habitant de la zone » une réputation de loser qu’il s’agit de déblayer.

 

D’autant que c’est à cause des militaires, tout ça. Dont la zone, historiquement,

s’étendait au voisinage immédiat des anciennes fortifications de Paris, occupé illégalement par des constructions légères et misérables.

Lesquelles prirent le même nom, par contiguïté, comme la première épouse venue.

 

Zone est intéressante à plus d’un titre. Pour celui qui zozote notamment, s’il lui faut désigner la couleur jaune, ainsi qu’au scrabble où elle permet des remontées faramineuses dans la zone mot compte triple.

Prisée de nos géographes dès 1119, zônê/zona n’est autre que la « ceinture » gréco-latine, déverbal du grec zonnynai, « ceindre ». Là-dessous se cache l’indo-européen ios-, on vous le donne en mille : « ceindre ».
Délimitez n’importe quelle zone sur la carte, effectivement, vous serez arrivé à « ceinturation ». Comme quoi c’est drôlement bien foutu.

 

Dérivés latins éminemment sympathiques : zonatim, « autour » et zonula, « petite ceinture ».
Moins plaisant, le zona, résurgence de la varicelle bien connue des dermatos pour s’en prendre aux nerfs sensitifs. En particulier autour de la ceinture. Comme quoi c’est drôlement bien foutu.

Merci de votre attention.