Comment réserver toute la rangée sans châle digne de ce nom ?

 

Vous arrivez le premier. Mais vous n’êtes pas le premier venu. Et comptez bien le faire savoir au reste de l’auditoire. Puisque rien ne vous l’interdit, vous entreprenez de faire main basse sur toute la rangée de sièges pour vous et votre smala.

En principe, un simple châle suffit à prendre possession des lieux. Ou à défaut, un papier par tête de pipe disposé d’autorité, sur lequel vous aurez griffonné « Réservé ».

Mais dans le cas où vous porteriez une de ces tresses infâmes (celles en franges de tapis) tandis que la bille de votre Bic gèle dans votre poche, de quoi auriez-vous l’air ?

 

Ne déclarez pas forfait pour autant. Qu’iraient penser vos potes s’ils se trouvaient dispersés aux quatre coins de la salle par votre faute ? Ils vous rendraient la pareille à la première occasion et c’en serait fini de votre belle amitié. Tout ça pour une histoire de lainage trop court ?

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en éclaireur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Afin qu’aucune fesse étrangère n’empiète sur vos plates-bandes, déshabillez-vous en laissant traîner vos frusques en évidence (ruse dite de la « strip-travée »). Veillez néanmoins à vous arrêter à temps sous peine de vous faire éconduire par la sécurité.

 

♦  Profitez du contact rapproché avec ces gorilles pour leur subtiliser un talkie-walkie dont, une fois vos places regagnées en douce, vous tirerez l’antenne sur toute la longueur.

 

♦  Marquez littéralement votre territoire en vous soulageant un chouïa sur tous les sièges. Le stratagème incommode vos amis ? Demandez à chacun qu’il vous prépare un petit flacon, soigneusement étiqueté, dont vous prendrez soin de répandre le contenu nominativement.

 

♦  Faites-vous passer au préalable pour un officiel. On s’empressera de vous réserver des places que vous n’occuperez pas pour finir.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Off ze wall

 

Evoquant feu Michael Jackson, seul un Frenchie pourra dans la même phrase vanter son sens de la « sahôl » et du « moonwolke ».

Hii ! hiii !

se bornera-t-on à glousser en rajustant nos khôuilles.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Serions-nous à ce point pétris d’un sentiment de supériorité, et si fiers de notre langue, qu’il nous faille saccager celle des autres ? Même pas : les exemples d’automutilation affluent à telle allure que le temps nous manque pour les soigner. Bitant le patois quand ça lui chante, le zhexagonal moyen sabote a fortiori les mots étrangers avec une constance sans égale.

Et l’élocution à la française pour les zanglophones ? Autrement plus périlleuse, en théorie. Pourtant la réciprocité de ces atrocités (rich rhyme) n’est pas vraie du tout. Eux ne savent rien du circonflexe, et ne butent pas pour autant, en âmes bien nées, sur un « aim » trompeur. Et, alors même que march figure aussi dans leur dictionnaire, ils font bien mieux marcher leur cervelle et leurs muscles faciaux que nous, qui donnons du « tch » à smash. Les syndromes persistent ? Au flash, qu’il faut les soigner. (Pour pousser plus loin la rigolade, this way please).

 

Or donc, soul se prononce à peu près comme saule. Ça ne vous saoule pas, vous, tous ces « soûle » et autres « sahôl » caoutchouteux ? A pleurer.
Moins cependant que le traitement réservé à walk ainsi qu’à talk. Nos compatriotes, toujours à côté de leurs pompes, ne trouvent rien de mieux que de se planter devant des « tolke-shows », sans doute sous l’influence de folk (pas d’autre explication possible). Et le o long de rauque, ça leur écorcherait la gueule ? Avec une logique pareille, faudrait causer dans des « tolkies-wolkies » ; crédibilité zéro, même si ce faux frère de Robert entérine cet usage.
Vous gênez donc pas pour mélanger masculin et féminin à la manière délicieusement aléatoire d’une Jane Birkin depuis près d’une demi-siècle. Ça finira bien par entrer dans les mœurs.

 

Et dans l’hypothèse où vous croiseriez un Anglais talking avec l, méfiez-vous, c’est le fantôme de Gainsbourg avec un melon.

Merci de votre attention.