« Partir sur »

 

On était parti sur « on est sur » il y a déjà fort jolie lurette. On en avait oublié « partir sur » dites donc.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Les toqués médiatiques ne se privent pourtant pas de scénariser à longueur de recettes :

on est parti sur un coulis de fruits rouges.

 

Déjà, on ne part que vers ou pour, hein. A la limite, sur un vol à destination de. Mais assez pleuré sur sur. D’autant qu’une variante avec avec s’invite de plus en plus souvent :

on part avec un coulis de fruits rouges.

Sans que ça tache les bagages ?

 

Notez aussi que « partir sur » s’utilise toujours avec on. Personne ne s’y risque à la première personne, ni à la deuxième, ni même avec un pronom défini quel qu’il soit.

Un plat serait-il une aventure collective où l’émulation donnerait naissance à des associations insoupçonnées ? Evidemment non. C’est l’idée d’un seul mec (ou nana du sexe féminin). Exécutée à plusieurs, à la rigueur (l’idée, pas la nana du sexe féminin). Lorsqu’elle est vraiment réussie, on parle de « spécialité du chef » (ou du chef du sexe féminin).

 

Mais le plus grave, c’est qu’on a beau « partir sur », on n’« arrive » jamais « sur » quoi que ce soit. Alors que le plat est abouti, de toute évidence.
Le produit fini diffère-t-il à ce point de l’idée de départ ? Evidemment non. Pas de chemins de traverse, au contraire ; mieux vaut qu’il sache où il va, le chef.

 

« Partir sur » affiche une spontanéité de façade. Et quand la locution se nappe de diplomatie montée en chantilly :

on peut partir sur,

le summum est atteint, comme la tarte du même nom.
Il y a peu de chance que les sœurs Tatin soient parties bille en tête sur un concept aussi louf.

Merci de votre attention.

 

Fulgurance #116

Si on ne termine jamais ce qu’on a commencé, c’est sans doute parce qu’on ne commence jamais ce qu’on a terminé.