Comment aider la tête de khôn qui jette tout à côté ?

 

Elle s’arrange toujours pour sévir quand vous avez le dos tourné. Pour une fois, dès qu’elle fait mine de laisser ses immondices par terre à un mètre de la poubelle, prenez votre tête de khôn favorite en flagrant délit.

Au bénéfice du doute, elle n’a pas les yeux en face des trous. Un dernier scrupule peut alors vous pousser à la prendre en pitié. N’oubliez pas qu’à l’instar de Miss France, tête de khôn, c’est 24 heures sur 24. Le supplice doit être terrible.

 

Cependant, ne perdez pas votre temps à lui faire la morale en évoquant dame Nature ou le savoir-vivre le plus élémentaire. Ne lui trouvez pas non plus de circonstances atténuantes du type tendance provocatrice ou phobie des poubelles.

Restez d’un calme olympien et tout ira bien.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en écolo civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le plus simple serait déjà de rapprocher en un éclair la poubelle d’un mètre. Ou, car elle devait sûrement déborder, d’en déverser le contenu aux pieds de la tête de khôn façon lisier d’agriculteurs en colère.

 

♦  Quoi qu’elle ait laissé choir (blister de paquet de cigarettes, blister de paquet de clopes, blister de paquet de cibiches, au hasard), ramassez-le et remettez-le-lui dans sa poche. Ce sera toujours plus propre respectueux qu’à même le sol.

♦  Il ne suffit pas d’imaginer en faire autant chez elle : faites-vous inviter chez votre tête de khôn et transformez sa cambuse en dépotoir. Joignez l’utile à l’agréable en faisant vos besoins au milieu du salon.

 

♦  Puisque par terre est considéré comme poubelle, emmenez la tête de khôn en mer et observez ses réactions. Il y a de fortes chances que ses détritus volent par-dessus bord, faute de poubelle cette fois. Prenez les mesures qui s’imposent et faites-lui suivre le même chemin.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

Ici la Terre

 

Uranus, Jupiter, Neptune… Tous plus classes les uns que les autres, les noms des planètes. Pour ce qui nous concerne en revanche, nous avons bien chié dans la colle.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tout baptême est empreint de gravité. Terrestre en l’occurrence. Parce que, quitte à rester terre à terre, on avait autant choisir Sol ou Plancher des vaches. Ou Le par terre.

Chez les voisins, même manque criant d’originalité : Earth (anglais), Erde (allemand), Terra (italien), dàdi (« grande terre » des Chinois)… on en passe et des plus plates.

Et les civilisations qui nous ont précédé ? Chez les Grecs, elle prend le nom de Gaïa, la déesse mère. N’avait-ce pas davantage de gueule ?

En sus, imaginez nos expressions transposées aux autres astres. « Un homme à terre » = « un homme à saturne ». France terre d’accueil deviendrait France vénus d’accueil. Et une vigie qui crierait « Terre ! », c’est comme si elle s’époumonait « Mercure ! ».

 

Fort à propos, nommer Terre une planète recouverte à 70% d’eau, il y a de quoi rendre son quatre-heures de rire. La moindre des politesses aurait été de l’appeler Mer. Seule concession à cette vérité : « la planète bleue », qui vient parfois paraphraser « la Terre ». Aaaaah faudrait savoir. Soit la Terre est de couleur terre, soit elle est bleue et il faut la débaptiser d’urgence.

 

D’ailleurs, la mythologie, c’est toujours pour les autres. Pour rester dans les divinités, tout le monde porte un prénom : Allah, Yahvé… Sauf Dieu. Dieu, c’est un peu comme si on l’appelait Chef.

 

Heureusement que le reste du système solaire nous ignore. Les Martiens seraient sans doute moyennement emballés par leur blase terrestre, alors qu’eux-mêmes se donnent du zlutz.
Nettement moins poétique que le zlotz par lequel ils nous désignent dans leur langue.

Merci de votre attention.

 

Camion

 

Ça n’a que trop traîné, examinons aujourd’hui le cas camion. Débarrassé de l’image du gros cul qui se forge d’emblée à son sujet (surtout après le caca de la phrase précédente), le mot ne brille-t-il point d’une éclatante singularité ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme s’en souviendront les natifs d’avant le moteur à explosion, les camions d’antan étaient des

voitures basses à bras ou à chevaux utilisées pour le transport de charges lourdes,

loin du

gros véhicule automobile utilisé pour le transport des marchandises

sur lequel nous nous époumonons de nos jours. A l’exception toutefois du camion de pompiers dans le sillage duquel on roule sans trépigner.

A l’instar de véhicule et de voiture, camion appartient donc au club très fermé des animaux à roues présents depuis la préhistoire.

Mais à quelle sous-espèce le rattacher ? Car, carriole, carrosse voire charrette, autres poids lourds au ca- caractéristique ?

 

Lorsqu’il apparaît en 1352, le chamion primitif ressemble en effet à une « charrette ». Il désigne au bout de deux siècles un « petit véhicule sans roue dans lequel les vinaigriers de Paris traînent leur lie ». La double peine dites donc. Khôn comme un parigot vinaigrier.

 

Et avant ça ? D’aucuns croient repérer sa trace dans le provençal caminar, « cheminer ». Il a plus probablement cheminé depuis le latin chamulcus, « chariot bas ». Ce dernier débaroule du grec khamai, « à terre », qu’on retrouve pas plus tard que dans caméléon, « lion qui se traîne [littéralement] à terre » eh bé c’est du propre.
« Terre » enfin que l’indo-européen chéri nomme dhghem- (v. humble) et dont est issu l’homme, au demeurant.

 

Conclusion : camionneur est un métier d’homme.

Merci de votre attention.

 

Humble

 

Au cas où vous auriez un doute sur la qualité d’une personne humble (car pour une qualité, c’en est une), cherchez pas du côté d’humbleté ni d’humblerie : il s’agit d’humilité. Soit dit sans vouloir vous humilier devant témoins.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

« Humeles » (au sens d’humblement) pointe son nez vers 1100. Dans les mêmes eaux, on relève « humle », prononcé pas du tout comme « Hummel » (Johann Nepomuk, compositeur élève de Mozart né à Presbourg le 14 novembre 1778, mort à Weimar le 17 octobre 1837, ce qui nous vaudrait un bel anachronisme du reste) mais comme notre humble actuel.

On ne se lasse pas d’admirer, dans ces formes primitives, la descendance en droite ligne de l’adjectif humilis (d’où humilité, exactly). Le b s’étant posé plus tard pour des raisons de mise en bouche que tout le monde pigera en ayant essayé d’articuler « humle ».

Et où les Latins ont-ils été pêcher humilis ?
Mais dans l’humus, bien sûr.

Pas étonnant qu’au sol, on garde à la fois les pieds sur terre et une certaine conscience de sa condition de mortel, ce qui dissuade généralement de la ramener trop.

 

Cette étymo prend un tour méchamment philosophique, grommelez-vous ? Figurez-vous qu’avant d’être recouverte d’humus, la racine indo-européenne dégōm (« terre ») avait poussé en dǵmmō (« [chose / fils] de la terre ») pour finir homo (« être humain », « terrien »), anciennement hemo avant de virer sa cuti et de bourgeonner également en nemo (« personne »).
Tenez-vous-le pour dit.

Merci de votre attention.