Pelote

 

Tout à la joie d’observer le chat jouer avec sa pelote (il s’amuse d’un rien), on oublie totalement la parenté de celle-ci avec peloter, peloton et se pelotonner. Au moins trois cousins qu’on ne voit jamais (et elle non plus).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ça ne se discute plus depuis le début du XIIe siècle, une pelute est une

boule formée par l’enroulement de fils,

généralement de laine.

Rondeur sur laquelle joue aussi peloter, le vilain.

D’ailleurs, « avoir les nerfs en pelote » est fort proche d’« avoir les boules ».

 

Ceci posé, un peloton n’est jamais qu’une « petite pelote » ; comme quoi, faut jamais se laisser impressionner. Et par extension, « petit amas compact » ou « petit groupe de personnes ». Tandis qu’on dévide la pelote, le peloton déroule (sur les routes du Tour) ou défouraille (s’il s’agit du peloton d’exécution).

Dans le fond de la salle, les cinéphiles se souviennent de Platoon, anglicisation de l’inoffensif peloton ; comme quoi, faut jamais se laisser impressionner.

 

Se pelotonner, c’est donc « se mettre en peloton », autrement dit « en boule ».
La faute au bas latin pilotta, diminutif de pila, « balle », dont le prototype était sans doute en « poils » (pilus).

Rapporté à notre pelote et à notre greffier du début, il est assez fendard (on s’amuse d’un rien) qu’une boule de poils poursuive une autre boule de poils.

 

Mais alors, pilule ? Tout juste, « petite boule » qui guérit depuis le latin pilula, un autre diminutif de pila.
Pelouse ? Du vieux provençal, voui voui, tiré de pelous, « garni de poils ».
Et peler ? Pile poil, enlever les poils et la peau. Mais ne refaisons pas le film, les cinéphiles crieraient au complot, de l’ancien verbe compeloter, « rouler en boule » ; comme quoi, faut jamais se laisser impressionner.

Merci de votre attention.

 

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Comment repérer un arbitre dopé ?

 

N’est pas arbitre qui veut. Rendez-vous compte de la force de caractère qu’il faut pour rester droit dans ses bottes en essuyant les menaces de mort de tous côtés. Les joueurs risquent moins leur peau, qui sont visés collectivement (en vrai, les supporters sont des dégonflés). Ils pourraient d’ailleurs sortir dans la rue sans garde du corps. Quant à l’arbitre, s’il sort, c’est dans l’anonymat le plus total et pour promener son chien (en vrai, les supporters sont des dégonflés).

N’oublions pas la force physique du bonhomme. Les statistiques donnent toujours la distance parcourue par x ou y au cours d’un match. Elles ne s’intéressent jamais au nombre de bornes que s’enfile l’arbitre. Lequel, comme le veut sa fonction, se trouve tout le temps sur l’action, pas comme ces feignasses d’ailiers ou de goal. Observez-le : c’est proprement surhumain.

 

D’où l’appel de plus en plus pressant à l’arbitrage vidéo : il ne peut pas être partout, le bougre. Idem dans le vélo. Pour pallier une absence que ne compensent pas les commissaires de course vissés sur leur chaise, les commentateurs se tournent vers d’autres « juges de paix » : Glandon, Tourmalet, Aubisque…
Ah si les cols pouvaient parler.

 

Mais pour avoir toujours raison même quand il a tort, à quoi carbure l’arbitre ?

N’étant pas infaillible, les sportifs qu’il a à l’œil ne peuvent compter, à leur tour, que sur le dopage pour se départager. Rompons dare-dare ce cercle vicieux et penchons-nous sur les pratiques du corps arbitral.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en arbitre d’arbitre civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  D’office, quatre ans de suspension pour les arbitres russes et est-allemands, ça gagnera du temps.

 

♦  Sélection naturelle toujours, un simple contrôle visuel suffit à disculper votre homme dans les sports individuels. Au tennis par exemple, voyez comme l’arbitre de chaise s’empâte. Et que dire des vieux croulants chargés d’homologuer le saut des athlètes ? Brioche et compagnie. Sans compter – et c’est ce qui leur donne cet air si triste – qu’eux n’ont pas le droit de se jeter dans le sable sous les hourras.

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♦  Probité suspecte ? Attention, certaines hormones de droiture sont autorisées par les instances. Effets les plus spectaculaires : 1) infliger un second carton au joueur qui conteste le premier, 2) ne pas siffler une faute imaginaire de l’équipe A uniquement pour faire plaisir aux supporters de l’équipe B sanctionnée cinq minutes avant à juste titre.

 

♦  Multipliez les contrôles inopinés dans les vestiaires. Une fois passés au peigne fin short, cartons et caméra embarquée, vérifiez qu’aucun roulement électrique n’est dissimulé dans le sifflet.

 

♦  A l’issue de la compétition, soumettez l’arbitre aux mêmes analyses d’urine que les joueurs. Aux chiottes l’arbitre, en quelque sorte.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

It’s too late

 

L’humanité se divise en deux camps : les ponctuels qui tueraient père et mère pour être à l’heure et les autres. Arriver « souvent » en retard n’existe pas : soit jamais, soit toujours, point de demi-mesure.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Les premiers, que cette perspective mortifie, ont un truc bien à eux : ils partent en avance. Au minimum se fixent-ils une heure qui leur garantisse à tout coup de débarouler dans les temps.

On serait bien en peine de décrire avec exactitude ce qui se passe dans la tête des seconds. Qui semblent n’éprouver aucune gêne pour eux-mêmes, ni pour ceux qui poireautent en les maudissant sur dix-sept générations.
Qu’est-ce qui, dans leur parcours, a bien pu foirer au point de se mettre sciemment, au moindre rendez-vous, en retard, hors les clous et pour tout dire, à la bourre ?

Nous avons tous dans notre entourage un Retardataire. Chopons-le entre quatre-z’yeux (en le sommant d’être là au quart, afin qu’éventuellement, dans sa grande bonté, il daigne se pointer à la demie). Cuisinons-le doucement : considère-t-il donc la ponctualité comme une option dans la vie, au même titre que la pratique du saut à l’élastique ou le don d’organes ? L’estime-t-il réservée aux chichiteux ? Aux enfants sages ?
Qu’il crache le morceau ou se taise à jamais.

 

Les psys de bazar verront dans cette attitude une manière inconsciente de se faire désirer. Maladroite oui ! Car si désir il y a chez les ceusses qui attendent, il a tôt fait de se dissiper en jurons d’impatience plus ou moins épais.

 

Tenter de raisonner un Retardataire est hélas sans espoir. Puisque celui-ci vous fera tourner en bourrique ad vitam aeternam, que le Code pénal ne prévoit-il une peine d’emprisonnement en réparation du préjudice subi ?
Ou, sur l’exemple des commissaires de course du Tour de France : hors délai = éliminé.

Merci de votre attention.

 

« Au plus haut sommet de l’Etat »

 

Jetons pas la pierre aux journaleux. Le vrai luxe, c’est le temps et dans les métiers où on n’a pas le temps, comme la journaleuserie, tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de prononcer

au plus haut sommet de l’Etat

est impossible.

Mais soufflons un coup et revenons à nos moutons, moutons.

Comme ça, sans réfléchir, la périphrase a fière allure. Elle en supplante une autre, « à l’Elysée », elle-même signifiant à mots couverts (mais à vous qui avez des lettres on ne la fait pas) « dans la tête du Président ». Sauf que ceux qui, à tue-tête, font référence « au plus haut sommet de l’Etat » évoquent en fait (on l’aura compris [et ils l’admettront volontiers si on les titille un peu]) « le sommet de l’Etat ». Est-ce à dire qu’emportés par leur élan stylistique, ils déglacent avec du superlatif ?
Dans ce cas, pourquoi ne causent-ils pas, tant qu’à faire, d’un « plus bas sommet de l’Etat » ?

La réalité, la voilà : « au plus haut niveau » devient logiquement sommet, et c’est « au plus haut sommet » qui sort, qu’est-ce ‘oulez qu’j’vous dise.

 

Faut dire que cette affaire de sommet remonte au tout premier cours de géo, bien avant l’adret et l’ubac. Temps immémoriaux où nous fut inculqué ce qui aurait dû rester gravé dans le roc (c’est le cas de dire) : un sommet, c’est le point le plus haut, par définition.

 

Et les étapes du Tour de France, où les coureurs s’enquillent sommet après sommet* ? Sur une journée de montagne, chipotez-vous, il s’en trouve obligatoirement un plus haut que les autres ! Pas si on considère que chaque sommet n’est que le point culminant de son propre col. Aha, je vois qu’on la ramène moins, tout d’un coup.

 

Vu qu’en principe, il n’y a qu’un Etat par pays (et les structures pyramidales étant ce qu’elles sont), celui-ci n’a d’autre sommet que là où l’on a placé son chef, en l’occurrence le palais présidentiel.
Devant le faste duquel rien ne sert de baver puisque le vrai luxe, c’est le temps, les poteaux.

Merci de votre attention.

 

* Au passage, ce mot prononcé par Jalabert est lui-même un sômmet.

Temporiser

 

Le jargon, devrais-je dire le charabia des commentateurs sportifs, est une mine inépuisable. C’est épuisant, y’a qu’à se baisser. Sans qu’on s’en émeuve, ce Klondike du pataquès charrie par pleines gamelles d’occurrences le verbe temporiser. Assez temporisé, faut que ça change.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Du registre rare et plutôt soutenu duquel il nous toisait, temporiser a rétrogradé, au fur qu’il se banalisait, au statut d’expression à la khôn. Et pourquoi et pourquoi ? Définition du dico :

Différer d’agir, par calcul, dans l’attente d’un moment plus favorable.

Plus roué que « prendre son temps », moins que tergiverser, temporiser recouvre donc au poil de séant de fourmi la notion d’attentisme. Le temporisateur se dit « on verra bien », « wait and see », « jouons la prudence ».

Or, le footeux errant balle au pied à la 89e minute parce qu’il mène d’un but (gardons « gérer » pour plus tard) ne joue pas, faisant preuve au contraire d’un insupportable anti-jeu (gardons « déjouer » pour plus tard). Quel « moment plus favorable » attend-il pour faire ce pour quoi on le couvre de patates : aller vers l’avant ? Le coup de sifflet final ? Trop tard, évidemment. Le gars ne diffère même pas d’agir ; sa prochaine action n’est pas reportée sine die, mais à la St-Glinglin.

Dans le temporiser version sportswear ne subsiste plus que la notion de calcul, ça oui, qui karchérise tout intérêt pour le spectateur. On s’étonne d’ailleurs qu’aucun dribbleur n’ait encore cessé de jouer dès que le score est en sa faveur (sauf le Zitalien qui, merveille de la nature, se pelotonne dans sa cage avec les dix autres).

Mais dans les cas désespérés, même ce « par calcul » disparaît. Temporiser se retrouve alors en short comme les chèvres citées plus haut. Les malheureux ralentir et attendre n’ont plus qu’à attendre. Pendant le Tour de France tiens, comment qualifie-t-on au micro le ralentissement inhabituel d’un coureur ?

Ah ? Temporisation. Que se passe-t-il ?

Réponse avec le plan aérien qui suit, révélant un passage à niveau barrières baissées :

Ah non, c’est un train qui passe.

Sportologues, avant de lâcher des commentaires du tac au tac, temporisez.

 

A moins qu’inconsciemment, vous ne comptiez sur la beauté antique de temporiser pour mieux faire passer la mocheté, voire l’inanité de la chose. O tempora, o mores.

Merci de votre attention.

 

Coureurs et coureurs

 

Par égard pour le Tour de France qu’on n’arrivera jamais à détester malgré les pharmacopées qui en font et défont la légende, réglons leur compte si vous le voulez bien aux ceusses qui courent à côté des coureurs. Dans le monde du vélo, voilà au moins du sans-gêne incarné au grand jour. Raison de plus pour le pulvériser une fois pour toutes.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ces khônnards méritent-ils de vivre ? Je ne crois pas.

Signes caractéristiques :

  • invisibles dans la plaine, ne surgissent qu’à la première étape de montagne. Sans doute la raréfaction de l’oxygène a-t-elle raison des derniers neurones en activité ;
  • souvent détenteurs d’une banderole ou d’un fanion de leur cru, qu’ils ne manquent pas de faire flotter au vent comme si leur vie en dépendait ;
  • toujours torse nu, quand ce n’est pas les parties à l’air. Ce qui n’empêche pas – grande nouveauté – les déguisements. « J’ai montré mon cul et tout le monde m’a vu. Mais personne m’a reconnu, j’avais un masque ». Sur leur lit de mort, qui leur enviera cette ultime fierté ?

Détail troublant : cette année, la khônnardise semble toucher des nanas du sexe féminin et même des mômes.
Il est plus que temps d’agir.
Surtout que le khônnard n’est passible d’aucune sanction ! Tout juste une circulaire interministérielle égrène-t-elle ses placides consignes :

Ne courez pas à côté des coureurs. Pour leur sécurité, n’allez pas au devant d’eux, même pour les encourager.
N’aspergez pas les coureurs.
N’agitez pas de banderoles au-dessus des coureurs.

Pondeurs de textes, mégoter de la sorte restera sans effet, je le crains. Puisqu’il n’y a aucun moyen de faire entendre raison au khônnard, et vu la molle indignation des commentateurs de l’épreuve, l’éradication pure et simple s’impose.

 

Ci-après quelques suggestions en ce sens, immédiatement applicables (toute piste sera la bienvenue) :

  • Avec la complicité des ponts et chaussées, provoquer la fonte instantanée du goudron juste sous les semelles khônnardes ;
  • Prévoir un énorme crochet comme au théâtre, qui viendrait de l’arrière faucher le khônnard au démarrage ;
  • Même méthode avec une méduse géante dressée, nourrie exclusivement au khônnard ;
  • Equiper de flash-balls les motards de France Télévisions, les inciter à tirer à vue. Perfectionner l’arme avec un viseur afin d’épargner à coup sûr cyclistes et autres spectateurs.
  • Canarder depuis l’hélicoptère (trop dangereux).
  • Et puisque c’est la promesse d’être vu à la télé qui le fait courir, flouter le visage du khônnard. Avec notre merveilleuse technologie, me dites pas que c’est pas faisable en direct ça, allo, Cognacq-Jay ?

Mais l’objectif ne sera pas atteint sans l’aide de tous.
Je compte donc sur la contribution de chaque acteur du Grand Soir sur la Grande Boucle.

  • Les spectateurs du Tour eux-mêmes, premières victimes des khônnards dont la foulée leur cache les coureurs. Jamais un croche-patte ? Jamais de ceinturage à plusieurs, façon rugby ? Asseyez-vous sur votre éducation, pour une fois. L’anonymat de la foule vous mettrait à l’abri de toutes représailles, pensez-y !
  • Les directeurs sportifs. Khônnards au milieu de la route ? Mais roulez-leur sur les arpions, qu’est-ce qui vous retient au juste ?
  • Quant à vous qui pédalez, l’effort rend évidemment malcommode toute rebuffade. Mais vous êtes aux premières loges, considérez-le comme une chance ! Regard noir. Ecart obligeant à s’empaler dans les gens. Ramponneau. Gourde en pleine gueule. Tout véhément qu’il soit, le khônnard ne vous encourage en aucune manière. Vu son attitude, il n’est probablement jamais monté sur un vélo. Alors un bon geste, pour le bien de tous, n’attendez pas le sommet du col pour lui faire bouffer sa banderole.

Merci de votre attention.