Comment rendre à César ce qui lui appartient ?

 

L’honnêteté vous oblige à rendre à César ce qui appartient à César. Plus facile à dire qu’à faire. Car manifestement, vous ne vivez ni sous la même latitude, ni surtout à la même époque que Jules. Dans ces conditions, lui rendre ses affaires ne va pas en être une mince.

D’ailleurs, qui vous dit que tel ou tel machin de votre fourbi ait réellement appartenu à César ? Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Rubicond, depuis le temps. Ce vieux Stetson, cette clé six pans pourraient tout aussi bien être à Auguste ou à Justinien.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en restitueur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Demander une audience ? A vos risques et périls. Suivant la valeur sentimentale que César accorde à ce que vous lui rendez, vous finirez proconsul ou dans un lion.

 

♦  Malgré toutes ses conquêtes, on ne peut pas dire que l’empire romain ait été la propriété privée de César. Car au fond, possède-t-on jamais rien ? Ce n’est pas la babiole que vous lui ramènerez qui fera la différence.

 

♦  Ainsi que le dit le proverbe :

Si li pas revenu dans un an et un jour, ça y en a être pour toi.

Sans réclamation de sa part, vous pouvez estimer que ça ne prive point l’Imperator.

 

♦  Si César est le nom de votre clébard, rendez-lui sa baballe, qu’on en finisse.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Ressusciter

 

Peser le pour et le contre, éviter les pièges, savoir où va quoi : il faut trois jours pour parvenir à écrire ressusciter sans se tromper.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Et encore, pensons aux pauvres peones qui le prononcent à la mexicaine : « ressousciter », comme Jésus ? Allez leur expliquer que non, pas comme Rrréssous. Ma comme qui, caramba ?

Il est vrai que jusqu’à maintenant, on n’a vu ressusciter que le Christounet. Boâf, vous trouverez bien dans l’imaginaire collectif deux ou trois créatures assez coriaces pour renaître alors que tout était plié. La littérature fantastique, les films d’horreur en regorgent. Mais allez quoi, quand même, c’est pour rire ; aucune valeur de preuve alors que les Saintes Ecritures, mon ‘ieux, ça c’est de la résurrection béton.

Trois siècles avant Gutenberg déjà, on découvre qu’

al tierz [jur] resuscitat [el filz Sainte Marie].

On revit.

Parce qu’après ça, le sens figuré du commun des mortels reprend le dessus. Fin XIIIe, « guérir d’une grave maladie » ; fin XIVe, « réapparaître » ; milieu du XVIe, « faire revivre, recommencer ». A partir de la fin du XVIe siècle, le sens se stabilise autour de l’idée de « retrouver du poil de la bête », déjà présente dans le latin d’origine resuscitare, « ramener à la vie, réveiller, raviver ».

Tout bêtement parce que ressusciter, c’est littéralement susciter à nouveau. Voyez que c’était pas la peine de vous tourner les sangs quant à l’orthographe ! Un petit sub- pour citare d’en haut (« convoquer, faire venir », citer à la barre, quoi) et le tour est joué et la lumière fut et c’est parti mon kiki taré.

Citons aussi ciere, « appeler, inviter, mettre en mouvement », dont citare est le fréquentatif et keie- (bien connu des amateurs de cinéma) l’aïeul et parfait synonyme.

Quand je vous disais qu’on ressuscite à tout-va dans les films de série Z.

 

Joyeuses Pâques.
Merci de votre attention.