Allo maman bobonne

 

Point n’est besoin d’avoir fait sociologie des grandes surfaces pour observer que, dans le doute face à sa liste de courses, seul l’homme du sexe masculin appellera bobonne à la rescousse, à la maison ou wherever she is.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dans un rayon, agrippé au caddie, l’homme blêmit. Râh putain ils l’ont pas, maugrée-t-il en son for intérieur. Que prendre à la place ?
Lorsqu’il a fini de s’interroger en son for intérieur et que le fruit de sa réflexion (qui peut aller de trois secondes à plusieurs minutes de solitude existentielle) débouche sur peanuts : portable.

Ce fait civilisationnel laisse supposer que ladite liste a été établie par bobonne. Et que bobonne est joignable, sans quoi les affres de monsieur peuvent se prolonger jusqu’après la fermeture.

Plutôt que d’essuyer un savon sitôt ses pénates regagnées parce que je te l’avais dit qu’il fallait pas prendre ça, l’homme du sexe masculin préfère, sans souci du qu’en-dira-t-on, sortir l’artillerie lourde. Déguisée en oreillette parfois.

 

Mais l’homme tient sa victoire. Une référence de la liste vient à souffrir d’imprécision ? L’occasion est trop belle de faire remarquer à bobonne sa connaissance lacunaire de l’approvisionnement de l’échoppe. Jusqu’où va se nicher le reproche.

Oh mais on est prêt à parier que certains spécimens (les moins orgueilleux) prennent une photo de ça et de ça qu’ils s’empressent d’envoyer, toujours via la magie des ondes, à la porteuse de culotte. Qui tranchera, dans un bon jour : prends les deux, on verra bien.

 

Comment faisait-on avant ? On était obligé de se faire confiance – ou de se briefer deux fois plus.
Conclusion : non seulement la joignabilité pousse à la consommation mais elle tue l’amour dans les mêmes proportions.

Merci de votre attention.

 

Smartphone sauce gribiche

 

Depuis que le restaurant n’est plus cancérigène, il appert que le smartphone y a supplanté le paquet de clopes. Voyez le blaireau qui, pieds sous la table, a pour premier réflexe de le poser en évidence à côté des couverts ? Si vous lui demandez où se situe l’irrespect là-dedans, vous obtiendrez généralement cette réponse : « j’t’emmerde ». Ce qui vaut, à demi-mot, aveu d’appartenance à la communauté des blaireaux.

Mais revenons à celle des moutons, moutons.

Puisqu’il faut tout faire dans cette maison, rappelons où le bât blesse :

1. C’est désobligeant pour le serveur, qui doit déjà se faufiler pour poser la commande. Ne venez pas pleurer s’il éclabousse au passage votre joujou de sauce gribiche, tête de veau, va.

2. C’est d’une goujaterie sans nom pour la dame en face, avec laquelle, en principe, vous convolez déjà (un tel bâton pour vous faire battre au premier rendez-vous, impensable). Vous signifiez donc à votre moitié qu’une partie de votre attention ne lui sera pas consacrée. Que vous avez potentiellement autre chose à foutre que de l’écouter. Et qu’il est hautement probable que vous décrochiez de la conversation à un moment choisi par vous, durant lequel elle pourra vaquer à ses occupations, et pourquoi pas y aller de sa propre gymnastique digitale. Il n’est pas rare en effet de voir des couples usés jusqu’à la moelle smartphoner chacun de son côté. On a fait vœu de célibat pour moins que ça.
Et puisque le déni de l’autre n’a pas de limite, une fois encouetté, gardez votre bidule à portée de main. Sait-on jamais, des fois qu’au beau milieu des ébats, l’envie vous prenne d’aller tâter de son galbe à lui.

3. Ainsi à la vue, dites-vous, la bestiole ne vous encombre plus. N’ajoutez pas l’impudence à la mauvaise foi. Toutes les vestes ont leur poche spéciale smartphone. La vérité c’est que sous prétexte de vous donner une contenance, vous contrôlez vos petits tuyaux pour oublier votre propre incomplétude ; manque de bol, vous vous la fourrez sous le nez à longueur de repas.
Naguère prolongement de nous-mêmes, la technologie désormais se repaît de nous, et elle reprendrait bien un chouïa de sauce gribiche.

Oulah, mais c’est que ça vire méchamment métaphysique, tout d’un coup.
Revoilà du terre-à-terre, émanant du Los Angeles Times. Un restaurant croit avoir trouvé la parade en baissant de 5% l’addition des clients qui daignent laisser leur machin à l’entrée. Mais tout à fait ! Comme ça, partout ailleurs, ceux-ci se croiront de nouveau tout permis…

 

Puisqu’on en est à jacter autochtone, la coutume veut que l’on traduise smartphone par « téléphone intelligent » (il l’est sûrement pour deux, vu la couche que traînent certains blaireaux détenteurs). Si l’on s’en tient au premier sens de smart, ça donne « téléphone élégant ».
A d’autres.

Merci de votre attention.