Fulgurance #74

On ne parle pas la bouche pleine. Très éventuellement, est-ce qu’on ne pourrait pas se taire la bouche vide ?

La vérité vraie

 

On ne se dit plus la vérité, voyons la vérité en face. La preuve que c’est vrai ? Nous croyons bon de coller du vrai à tout ce qui bouge. C’est très vrai chez les ceusses qui adorent s’écouter parler. Donc je crois qu’il y a un vrai, vrai problème là.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour se démarquer du voisin, y’a qu’vrai d’vrai, semble-t-il. Enlevez l’épithète et votre problème végètera au rang des simples problèmes qui ne retiennent guère l’attention.

Dernièrement, un interviewé appuyait même son propos comme suit :

Donc c’est une vraie réalité.

Quatrième dimension, à nous deux.

De même, à propos d’une question quelconque, formulez votre point de vue comme s’il était éminemment personnel et gonflé :

Y’a un vrai débat.

L’air de rien, vous vous autoproclamerez initiateur du débat tout en étant le seul alentour à ouvrir votre claquebouse.

Sur cette lancée, saupoudrez vos discours de :

On va pas se mentir.

La cantonade sera ravie d’apprendre que vous lui bourrez le mou allègrement le reste du temps.

Dans la même veine, vous qui suivez la politique comme votre ombre attendez sûrement avec impatience ce

rendez-vous de vérité,

inoubliable zélément de langage dont la récurrence n’a d’égal que le vide qui l’habite. Tout comme la barbe à papa, le pop-corn et les cochonneries apéritives dont vous vous gavez à proportion de l’air qui les souffle (osez dire que c’est pas vrai).

 

Vivrait-on à ce point englué dans les faux-semblants qu’il faille charger la barque ? Ou, au risque de s’appesantir, préfère-t-on mettre des smileys aux mots pour se faire mieux comprendre et (croit-on khouillonnement) leur redonner un sens supposé perdu ?
C’est une vraie question.

Merci de votre attention.