Le Tout-Paris

 

A peine les vedettes de la capitale convergent-elles en un point que « le Tout-Paris » se presse comme un seul homme. Si vous loupez le coche, c’est que vous habitez en province. Ou que vous avez mieux à faire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

« Façon de parler », objecteront les pique-assiette à propos de la mondanité susvisée. Evidemment, les 2 220 445 habitants au dernier recensement ne tiennent pas « tous » dans la salle. Ni même dans le métro, toutes rames confondues. En se tassant bien, il faudrait 28 Stades de France pour accueillir « le Tout-Paris ». Et encore, à Saint-Denis.

D’ailleurs, « tout » Paris n’est pas convié. Seulement la crème de la crème, les gens les plus en vue sur la place de Paris. Mais laquelle ? Faubourgeois, persona non grata, bref, le tout-venant, lui, reste à la porte. Sous des dehors affables, « le Tout-Paris » suinte du plus exécrable entre-soi.

 

Pour mieux mesurer l’afféterie de la formule, transposez donc à d’autres métropoles : le « Tout-Touquet », le « Tout-Ouagadougou », le « Tout-L’Os-en-gelée »…
Car l’agglomération doit avoir une certaine taille, afin que la proportion de têtes connues, rapportée à la population locale, donne l’illusion que « toute la ville » est de sortie.

 

Et encore, en parlant d’autochtones uniquement. Mais supposez qu’on embrasse vraiment « tout Paris », pigeons et monuments inclus. Avec des si, on pourrait mettre tout ça en bouteille. Et d’ailleurs, où s’arrêter ? Le ciel par-dessus les toits fait-il partie du lot ? Tu parles, Charles.

Réflexe, en présence d’un aréopage, on métonymise à tout-va :

toute la famille est réunie.

Jusqu’au dernier arrière-grand-oncle ? Si celui-là se rameute, on veut bien croire en la « toute-puissance » divine.

 

Rêver d’absolu est plus fort que nous.
Total : on se frustre et on en veut à la terre entière.

Merci de votre attention.

 

Impresario

 

En termes de ritalité, impresario ne craint guère que spaghetti. C’est dire s’il est respecté dans le milieu.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A brûle-pourpoint, comment définiriez-vous impresario ? Si vous répondez :

personne qui s’occupe de l’organisation matérielle d’un spectacle, d’un concert, de la vie professionnelle et des engagements d’un artiste,

c’est que vous êtes de l’Académie ou que vous avez triché. Ou encore que vous l’aviez appris par cœur, ce qui est peu probable. A moins que votre impresario ne vous l’ait soufflé, car il est là pour ça, après tout.

 

Comme son vieux compère scénario, impresario a été francisé pour faire plus chic. Au pluriel : « des imprésarios ». Ou « des impresarii » ; les occasions se comptant sur les doigts d’une main, autant y aller à fond dans l’authentique.

 

Le mot est attesté en italien milieu XVIIe au sens d’« entrepreneur », bientôt spécialisé dans le show-biz.

Une notion de pas froid aux yeux née avec l’« entreprise » d’origine impresa. Et quand on sait qu’impresa est au verbe imprendere ce qu’entreprise est au verbe entreprendre, on se dit que notre atout charme décidément, c’est notre côté latin.

Imprendere, est-il besoin de le préciser, naquit imprehendere, lui-même dérivé de prehendere. C’est donc à nouveau vers prendre qu’il faut se tourner pour tout comprendre.

 

Fait cocasse, les Chleus disent Manager, tandis que les Zanglais se délectent d’impresario indifféremment.

Mais comment les Zitaliens disent-ils « entrepreneur » alors ? Impresario mais seulement quand il s’agit di pompe funebri.
Quant à nous, on ne dit jamais entrepreneur sauf si on est patron. Ou « fossoyeur d’entreprise », ce qui (parfois) revient au même.

Merci de votre attention.