Faribole

 

Entre chars, fadaises, craques, salades et autres sornettes, la vérité peine à se faufiler (rappelons qu’elle est toute seule). Il n’y a presque plus de place pour faribole, c’est dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dans le registre de la baliverne, faribole fait figure d’excentrique, plus proche du

propos frivole, sans consistance

que du « mensonge » à proprement parler. C’est pourquoi on ne l’emploie guère au singulier : fariboler joue nécessairement sur la quantité. La vérité, elle, n’a pas besoin de ça.

 

Chère à Rabelais, faribolle est un larcin probable au provençal faribolo. Le poète occitan Jacques Jasmin ne pondit-il pas un Faribolo pastour mis en musique par Franz Liszt ? Caprice pastoral dont la légèreté contraste avec le plus contemporain Gros mytho des prés de Michel Bégonia*.

 

Si faribole est frivole, c’est parce que faribole est frivole, selon toute vraisemblance. Comme b et v sont souvent interchangeables (labeur français/lavoro italien) et que le roulement du r bouscule les voyelles contiguës (fromage français/formaggio italien), ça donne au ralenti : frivole → f(a)rivole → faribole.

On a vite fait le tour de frivole : latin frivolus, diminutif de frivos, « fragile », littéralement « brisé, écrasé », du verbe friare. Une terre friable est si légère qu’elle s’effrite, évidemment.

Friare fait du coude à fricare, « frotter », auquel on doit friction et les consonnes fricatives comme f (dont le son peut être prolongé par frottement de l’air sortant de la bouche). Le tout vraisemblablement fourni par l’indo-européen bhreg-, de même sens.

Mais faisons un break.

 

Certains balayent terre et postillons d’un revers de main. Motif : la « tromperie » latine falla, qui engendre fallacieux, faux et faillir.
Et -bole alors ? Déformation de l’ancien français bale, une « bourde » dont on cherche encore l’auteur.

Un peu léger, non ?

Merci de votre attention.

 

* Fariboles, bien sûr. C’est de Gustave Renoncule.

La vérité vraie

 

On ne se dit plus la vérité, voyons la vérité en face. La preuve que c’est vrai ? Nous croyons bon de coller du vrai à tout ce qui bouge. C’est très vrai chez les ceusses qui adorent s’écouter parler. Donc je crois qu’il y a un vrai, vrai problème là.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour se démarquer du voisin, y’a qu’vrai d’vrai, semble-t-il. Enlevez l’épithète et votre problème végètera au rang des simples problèmes qui ne retiennent guère l’attention.

Dernièrement, un interviewé appuyait même son propos comme suit :

Donc c’est une vraie réalité.

Quatrième dimension, à nous deux.

De même, à propos d’une question quelconque, formulez votre point de vue comme s’il était éminemment personnel et gonflé :

Y’a un vrai débat.

L’air de rien, vous vous autoproclamerez initiateur du débat tout en étant le seul alentour à ouvrir votre claquebouse.

Sur cette lancée, saupoudrez vos discours de :

On va pas se mentir.

La cantonade sera ravie d’apprendre que vous lui bourrez le mou allègrement le reste du temps.

Dans la même veine, vous qui suivez la politique comme votre ombre attendez sûrement avec impatience ce

rendez-vous de vérité,

inoubliable zélément de langage dont la récurrence n’a d’égal que le vide qui l’habite. Tout comme la barbe à papa, le pop-corn et les cochonneries apéritives dont vous vous gavez à proportion de l’air qui les souffle (osez dire que c’est pas vrai).

 

Vivrait-on à ce point englué dans les faux-semblants qu’il faille charger la barque ? Ou, au risque de s’appesantir, préfère-t-on mettre des smileys aux mots pour se faire mieux comprendre et (croit-on khouillonnement) leur redonner un sens supposé perdu ?
C’est une vraie question.

Merci de votre attention.