Coffrer

 

Le menotté qu’on emmène à la cour (de justice ou de zonzon) ne suscite aucune espèce de commisération, monsieur l’commissaire. Toutefois, le fait de lui appuyer sur la tête pour le faire entrer dans la voiture relève de la double peine.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

La scène est si classique qu’elle paraît naturelle : on pousse le suspect appréhendé de frais dans un véhicule prêt à vrombir tous gyrophares zhurlants. Et, comme pour mieux montrer que force reste à la loi, cette dernière oblige physiquement l’affreux à baisser la tête.

Il faudrait expliquer aux poulagas que, cerné et entravé comme il l’est, au surplus habitué à grimper dans une titine dont la portière lui est ouverte, il y a peu de chances que l’homme ne trouve pas le chemin de la banquette arrière – sans parler de se faire la malle dans la direction opposée.

 

En sus, vu les normes en vigueur chez les concepteurs d’habitacles, un passager qui n’aurait pas le réflexe de fléchir le buste et les genoux buterait invariablement dans le caoutchouc. Et ne parviendrait à prendre place à l’intérieur qu’au prix d’atroces souffrances.

 

Pourquoi donc cette précaution, qui n’est du reste enseignée dans aucune école de police ou alors c’est pire que ce qu’on pensait ?

Veut-on soustraire l’individu à la vindicte populaire ? Possible : escorte et prévenu s’engouffrent toujours dans la bagnole au pas de charge.

Eviter une ultime bravade devant les caméras ? Du chatterton ferait l’affaire.

Ou bien faut-il voir dans ce contact viril un signe de la fascination des flics pour les truands ? A moins qu’il ne s’agisse d’une réminiscence du temps où cette tête était entre les mains du bourreau ?

 

Flicaillons, appuyer sur le crâne, c’est déjà faire pression sur le suspect, littéralement. Pas comme ça qu’il filera droit ensuite.
En plus, ça le décoiffe.

Merci de votre attention.

 

Publicités

« Coûter bonbon »

 

Apprenant que ça va vous « coûter bonbon », votre entourage prend un air aussi navré qu’entendu. Et vous plaint dans la même veine : « ah oui, ça, ça coûte une blinde ; je te l’avais dit, que ça allait te coûter un bras ; la vache mais ça coûte la peau du [censuré] ».
Or, quelle sorte de bonbon de luxe peut bien « coûter bonbon » ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Du plus loin qu’il vous en souvienne, aucun bonbon ne vous a jamais ruiné autre chose que les prémolaires.
Nounours en gelée, sucettes, berlingots, caramels mous, réglisse, têtes de nègres pour les plus téméraires, on a beau faire le tour des beums passés et présents, ceux-ci ne coûtent que pouic, surtout à l’unité. Faites mine d’embarquer toute la bonbonnière alors là oui, votre maigre argent de poche n’y suffirait pas. Mais on ne dit pas « coûter bonbonnière ».

 

Au seul mot de bonbon, la cantonade ouvre donc des yeux aussi gros que la dépense. Encore une expression idiomatique à laquelle on souscrit sans réfléchir.

Avec bagatelle au moins, l’antiphrase saute aux yeux :

ça lui a coûté la bagatelle de…

étant entendu qu’une bagatelle ne vaut, elle aussi, que pouic.

 

D’ailleurs, pourquoi met-on autant en valeur la chose qui coûte ? C’est comme si on disait d’une voiture qu’elle « coûte voiture » : on n’est pas plus avancé.

D’où l’intérêt de blinde, par exemple. Idem pour « attendre des plombes ». On ne se représente pas plus une plombe qu’une blinde. Pourtant, tout le monde sait ce que ça veut dire.

 

A moins que l’absence d’article ne place ce bonbon-là dans la catégorie adverbes :

ça va vous coûter cher.

Bonbon, ce serait un peu comme tintin alors. Ou dare-dare ou kif-kif ou toute autre syllabe redoublée pour le seul plaisir de l’avoir en bouche.
Pour la voiture, dites simplement teuf-teuf.

Merci de votre attention.

 

L’embouteillage est-il incréé ?

 

Embouteillage. L’image du goulot ne suffisait pas, il a fallu qu’on y ajoute le bouchon, c’est dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Théorème : dès qu’une file de bagnoles commence à grossir en un point de la planète, le ralentissement se mue tôt ou tard en surplace.

Pourquoi l’embouteillage est-il le plus important vecteur de frustration connu ici-bas ? Parce que le trajet est foutu ? Nooon, z’aviez pris la précaution de démarrer deux heures plus tôt car Bison Futé avait vu rouge pour ne pas dire noir.
A cause du retard qui s’accumule, impossible à évaluer ? La belle affaire, z’êtes en vacances hein. La montagne ne va pas s’envoler, non plus que la plage.

Non, si nous tous, juillettistes, aoûtiens, têtes de veaux, trépignons moteur coupé, c’est qu’on ne sait pas ce qui bouche.

 

Si celui de devant n’avance pas, on ne peut pas lui en vouloir : celui qui le précède en est exactement au même point, mort en l’occurrence (voilà pourquoi vous exciter sur le klaxon terminera d’user les nerfs de tout le monde au passage).
Mais, et c’est là où le mystère de l’embouteillage reste entier, il en faut bien un tout devant. Qu’est-ce qui l’empêche de rouler, celui-là ? Toute la route lui est offerte, par définition. Il faudrait déjà que le conducteur de tête soit à l’arrêt complet sans raison (au risque absurde d’un lynchage des suivants) pour interrompre un trafic jusque-là fluide.
Si, en temps normal, le premier automobiliste se voit contraint de s’arrêter au stop, au feu rouge ou au passage à niveau, celui de l’embouteillage a le pouvoir de créer une queue leu leu ex nihilo.

 

Plan de coupe du phénomène

embouteillage2

« C’est devant que ça roule pas » vaut jusqu’au véhicule n°2.
Le n°1 ne peut invoquer cet argument que si le bouchon fait le tour du globe,
ce que la répartition terre/mer exclut formellement.

 

De même que l’on bute indéfiniment sur ce qui a précédé le Big Bang, on ne peut, à moins d’un obstacle encore impensé, expliquer le lambinage du premier véhicule – pas plus que le redémarrage du troupeau. Un vertige métaphysique.

 

Quittons l’infiniment grand et observons maintenant la fourmilière la plus proche. Une myriade d’individus se ruant dans la même direction. Et toute la colonie circule comme un seul homme !
Conclusion : nous sommes plus khôns que les fourmis.

Merci de votre attention.

 

Comment en finir avec les accidents de la route plutôt que dedans ?

 

Mes moutons, vous en conviendrez : si la baisse du nombre d’accidents se poursuit, ceux-ci seront bientôt réduits à néant. Pourquoi ne pas précipiter ce jour heureux ? Mettons-y un bon coup pour que l’horreur cesse complètement.

Ne serait-ce que pour les raisons suivantes :

– ça épargnera du boulot aux pompiers venus vous désincarcérer en plein yam’s toutes affaires cessantes.
– vous contribuerez au reboisement de forêts entières initialement destinées à la fabrication de millions de constats s’empilant bêtement dans le fond de la boîte à gants.
– le terme accidentogène n’aura plus lieu de retentir.
– surtout, plus personne ne subira les spots laborieux de la prévention routière. Hein que ça vaut le coup ?

securite-routiere-2

La simplicité avec laquelle se règlerait le problème est confondante.

Même dans le cas où vous fonceriez délibérément dans le décor, pourrait-on stricto sensu parler d’« accident » ? Voyez qu’on tend de manière asymptotique vers le zéro.
Et si on vous avait dit ce matin que vous croiseriez la route d’une « asymptote », vous auriez aussitôt replongé dans votre code, histoire de vous rafraîchir la mémoire.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en conducteur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  73 % des accidents ont lieu sur le trajet de la maison. Déménagez !

 

♦  Inutile de vous le répéter, l’enfer, c’est les autres. N’empruntez que des routes de pub (l’équivalent du modèle d’exposition pour les commerçants). Coûte un peu cher à la location mais vous diviserez le risque d’accident par 948063425134782.

 

♦  Organisez le carambolage du siècle à l’échelle planétaire, dont vous aurez pris soin d’être le seul survivant. Tout le monde ayant embouti tout le monde, ambulances et flicaille comprises, à vous les priorités grillées en toute insouciance. Revers de la médaille, vous n’aurez plus l’immense plaisir de doubler le khônnard de devant, ah oui.

 

♦  Les accidents survenant en voiture, il suffirait, si l’on vous suit, de supprimer tous les véhicules à moteur. Laissez là vos syllogismes. Et comment regagneriez-vous vos pénates ? Certainement pas en espadrilles ni sur une selle quelconque. Non, pour éradiquer les accidents de la route, pas trente-six solutions : supprimer la route.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Jusqu’où s’arrêteront-ils ?

 

Fabricants d’électro-ménager, constructeurs automobiles, machinistes œuvrant globalement pour notre feignantise bien-être au quotidien, sauf votre respect, vous surchauffez du bulbe. Exactement comme les engins issus de votre savoir-faire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Nous sommes d’accord, depuis que le petit déj est petit déj, le grille-pain est réglé de telle sorte que vos tartines croustillent juste ce qu’il faut dans leur habit mordoré. Soit, grosso modo, à la moitié des capacités du bidule. La notice confirme qu’au-delà de 3, vous les exposeriez aux flammes de l’enfer. A 6, aucune chance d’en réchapper : c’est du carbone.
Autant dire que vous avez payé plein pot pour un compagnon du matin au design certes agréable et aux couleurs pimpantes mais à demi-inexploitable. On ne portera pas un toast à pareille aberration. La logique voudrait que vous le rameniez au magasin et exigiez la ristourne correspondante.

 

Quant au frigo, une fois manipulé le thermostat en tous sens pour voir si c’est vers là ou vers là qu’il fait plus froid, mettez-le donc au taquet ; cryogénisation assurée. Une semaine de courses bonnes à jeter aux ordures.

 

Sitôt quignons et yoghourt avalés, vous filez au turbin. A moins de subir vos semblables dans les transports en commun ou d’y aller à peton, vous grimpez dans titine. Et qu’avez-vous sous le nez ? Un compteur de 0 à 180, 220 voire 240. Pourquoi pas Mach 1 ? On est plus vite rendu.
Avouez que même très très très en retard, avec une parturiente perdant les eaux sur le siège passager ou toute autre urgence nécessitant de rouler à tomber ouvert, vous n’atteindriez pas le 180. Ne serait-ce que parce qu’aucune route dans ce pays ne tolère plus de 130 km/h.
Quel intérêt de proposer une possibilité technique sans possibilité matérielle (le lambin de devant) et encore moins légale (le code de la route) ?

Le pognon.

A l’évidence, les constructeurs sont de mèche avec les forces de l’ordre. Tentation de l’excès de vitesse constamment à la vue = caisses de l’Etat renflouées en permanence.

 

Passons sur le volume de votre chaîne hi-fi qui, poussé à fond, décollerait tympans et papier peint, faisant de plus belle marcher le petit commerce et les affaires de votre ORL.

 

Vite, des seuils qui ressemblent à quelque chose ! Sans quoi nous pleurerons bientôt sur notre dernier kopeck.

Merci de votre attention.

 

Kleenex collector

 

C’est bien ce qui vous semblait : ils ont quelque chose de différent. Couleurs printanières, motifs plus chatoyants que d’habitude. C’est à cause de la mention :

Edition limitée.

Sur des mouchoirs. Aurait-on franchi un cap ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Faut-il que le marché du Kleenex ressemble à une morne plaine pour se fendre de trompe-l’œil de ce genre.
Certes, la mission du pubeux moyen consiste à créer un vocabulaire (« marque leader ») et des besoins factices, pour le moins. Mais ici, quelle mouche l’a piqué ? Y avait-il nécessité impérieuse de lancer une « série » de paquets, appelée à disparaître rapidos si l’on en croit l’intitulé ? Vous iriez vous ruer dessus, sous prétexte d’« édition limitée » ? Encore moins maintenant que l’hiver est passé et le pic de consommation avec lui, allons allons, tsk tsk.

 

Evidemment, malgré ces temporaires apprêts, ce sont bien vos bons vieux mouchoirs. D’ailleurs, vous en êtes content, au point de ne jamais leur faire d’infidélités. Sauf rupture de stock, synonyme de dépit à l’idée de devoir confier jusqu’à une date ultérieure vos épanchements à des mouchoirs de merde, moins agréables au toucher, à l’odeur et, pour tout dire, sujets à déchirures voire piteuses trouées.

 

Résumons-nous : le « collector » qu’on essaye pour le coup de vous fourguer n’a rien à voir avec une « édition limitée ». On est même aux antipodes de l’émotion pouvant étreindre le philatéliste à la vue de nouveaux timbres sur le thème des légumes ou l’automobiliste au volant d’un modèle dont la production s’arrêterait quasiment après lui. Limité prend alors tout son sens.
Mais là, vos mouchoirs, vous les jetez, à l’instar de leur emballage qui plus est ; contenant et contenu sont conçus pour ça.

 

« What the fuck ? », voilà comment nos pubeux se feraient moucher par un anglophone malpoli (ce qui n’est pas incompatible).

Merci de votre attention.