Comment chanter avec ses tripes ?

 

Si vous projetez d’exposer votre filet de voix, chanter avec vos tripes est la condition sine qua non. Entourage, mentor, jury quelconque, à charge pour vous de les « entraîner dans votre univers » avec toute la conviction et/ou le coffre possibles. Autrement dit, vos tripes doivent les faire tripper, ou alors c’est pas la peine.

 

Mais comment laisser s’exprimer organes et viscères ? Il n’existe pas de mode d’emploi. Sans doute pour ne pas heurter la sensibilité des spectateurs.
De cette alchimie mystérieuse dépend pourtant le succès de votre carrière. Mettez donc toutes les chances de votre côté.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en interprète civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

♦  Evitez la tripe pré-cuite, mauvaise imitation de la tripe industrielle qui elle-même ne suscite aucune émotion (autre que des émotions industrielles). Idem pour les intonations de la voix, qui ne supportent pas la contrefaçon. De manière générale, laissez les affaires des autres tranquilles, vous avez déjà assez à faire avec les vôtres.

 

♦  Choisissez le meilleur tripier de la région et dévalisez l’officine. C’est bien le diable si votre prestation, accompagnée de tripes à la mode de Caen top moumoute, ne rafle pas tous les suffrages.

 

♦  Chantez avec vos tripes, on se tue à vous le répéter. Privilégiez la vésicule biliaire, au rendu incomparable.

 

♦  Reléguez le micro au placard une fois pour toutes et remplacez-le par du foie ou du rein. Pensez à en avertir le preneur de son, car le raccordement des artères nécessite du doigté.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

Publicités

L’heure du vote

 

Les jours de scrutin, un sujet entier est consacré aux candidats qui se rendent aux urnes. Quoiqu’on n’en n’ait strictement rien à secouer, on est ainsi informé de l’heure et du lieu exacts où nos futurs représentants ont accompli leur devoir de citoyen. Pour peu que ça passe sur une chaîne publique, avec le pognon de tes impôts, citoyen.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’exercice tourne au martyr lors d’une présidentielle à dix-sept candidats. Du favori au plus obscur, l’équité commande aux journaleux de se paraphraser seize fois. Ne les plaignons pas, ils l’ont bien cherché.

a-vote2

Volons plutôt au secours des candidats. A la sortie de l’isoloir, voilà qu’ils se figent pour la photo, l’enveloppe à moitié brandie, avec un sourire aussi naturel que celui qu’ils arborent sur l’affiche. Sans compter toutes les contraintes préalables qu’on ne voit pas, nous, comme de bien se laver les dents avant.

Quel est l’intérêt de cette mascarade ?

Rappelons qu’il y a toujours deux ou trois péquenauds indécis que l’image séduit. Chaque voix compte, ce serait idiot de se priver de celles-là. Quant aux journaleux, tenus de ne plus causer des élections le jour J, ils trouvent là le moyen rêvé de contourner le problème. Il leur suffit de ressortir le texte de la dernière fois en changeant les heures. Le nom des candidats, pas la peine, ce sont les mêmes (tout comme celui du bureau de vote, généralement situé dans le « fief » desdits).

 

Est-ce le sang de 1789 coulant encore dans nos veines qui entretient ce désir inconscient de voir le souverain soumis au même traitement que le peuple ? Quand bien même il participe à sa propre élection ? Parce que, hein, y’a pas de suspense : les candidats votent toujours pour eux-mêmes, sauf coup de folie. Ils sont d’ailleurs les seuls dont on sache à qui va leur suffrage.

Sans doute pour ça qu’on les filme sous tous les angles au moment du vote.

 

Pour que l’image soit plus représentative, pourquoi ne pas filmer les candidats abstentionnistes plutôt ?

Merci de votre attention.

 

Timbre

 

Comment un petit mot comac peut-il signifier à la fois « cloche immobile et sans battant frappée par un marteau », « membrane inférieure d’un tambour », « qualité spécifique d’un son, indépendante de la hauteur, de la durée et de l’intensité » et « marque, cachet ou vignette correspondant au paiement d’une taxe » ? C’est à en perdre une dent.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Non seulement on le met à toutes les sauces mais timbre en redemande. Il s’affiche même au bras d’un paquet de substantifs : timbre-poste, timbre-amende, timbre-quittance, timbre-escompte, timbre-prime, timbre-test…
Vous aussi, chez vous, amusez-vous à créer de toutes pièces vos propres timbres : timbre-wagon, timbre-brouette, timbre-château de la Loire, timbre-raton laveur. Des séances de poilade à n’en plus finir.

On va jusqu’à recenser un tambour médiéval sous le nom de tinbre. Voire, début XVIIe, un « cerveau » au sens figuré :

ma femme a le tymbre mal sain.

 

Mais d’où viennent tous ces timbres ? Et pourquoi les philatélistes, comme leur nom ne l’indique pas, en sont-ils timbrés ?

 

Devinerez jamais.

Timbre n’est autre que l’altération de timbne, issu du grec ancien túmpanon, « tambour ». Quand on sait que les Latins l’écrivent tympanum et que l’instrument a gardé ce blase comme ses descendants directs (« timbales » = timpani en rital), on saisit mieux pourquoi le tympan est une membrane, que les Anglais traduisent du reste par eardrum.

 

Profitons-en pour disséquer délicatement philatélie, formé en 1864 sur philos (« ami ») et atélia (« affranchissement »), l’inverse de telos (« taxe »).

Les grands malades adeptes des carnets de timbres rares à la Poste sont donc littéralement des « ennemis de l’impôt ». Lançons-leur le fisc aux fesses, ça aèrera la file.

Merci de votre attention.

 

Comment éviter d’être cruellement déçu par un visage de radio ?

 

Les tintinophiles connaissent par cœur l’anecdote de ce bambin regrettant, au sortir d’un film adapté de la BD, que

le Capitaine Haddock n’a pas la même voix que dans les livres.

Désillusion inverse : le sort impudique ne vous a-t-il pas trop souvent dévoilé l’apparence physique d’une voix de radio ? Expérience pour le moins déroutante s’il s’agit d’une de celles, familière entre toutes, qui rythme votre journée et sans laquelle votre bol de Banania n’aurait pas tout à fait la même saveur.
99 chances sur 100 pour que la découverte provoque en vous l’incrédulité voire le rejet, c’est statistique (sauf pour Rebecca Manzoni dont on a déjà dit tout le bien ici même mouak ton fan-club qui t’aime).
De fait, vous vous figuriez tout sauf cet(te) étranger(e) dont le visage, orné pour l’occasion d’un casque ridicule, ne correspond en rien à l’envoûtant organe.

Comment un tel décalage est-il possible ? Trahison ! (Sauf pour les animateurs prisés des djeun’s qui – et c’est heureux – sont encore plus khôns qu’ils n’en ont l’air).

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en auditeur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  On ne le dira jamais assez : certaines images peuvent choquer. Ayez le réflexe de détourner la tête, le temps que les traits de votre petit(e) préféré(e) disparaissent de votre champ de vision.

 

♦  Faites réaliser un portrait-robot qui vous siée, aux dimensions de l’image que vous ne devriez jamais voir et que vous pourrez masquer ainsi en toutes circonstances.

 

♦  Si le mal est fait, actionnez le système de brouillage d’ondes que vous garderez constamment à portée de main. Votre esprit refusera de faire le lien entre la physionomie insolite et ce timbre déformé.

brouilleur

♦  En dernier recours, si la voix chérie persiste à sortir d’un corps qui n’est manifestement pas le sien, dites-vous que vous avez affaire à un très bon imitateur. Ou que votre chouchou des ondes parle en réalité hors champ pendant que l’autre bouge les lèvres à l’écran.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.