A vos marques, prêts, feu, partez

 

Avant de mesurer votre pointe de vitesse jusqu’au mur ou au poteau là-bas, sachez, pauvres fous, que l’énoncé « A vos marques, prêts, feu, partez » vous disqualifie pire qu’un faux départ.

Mais revenons à nos moutons, moutards.

♦  Déjà, le vouvoiement prête à rire. La plupart du temps en effet, le copain court tout seul pendant que vous tenez le chronomètre. Comme on vous voit toujours fourrés ensemble, tout porte à croire qu’une certaine familiarité vous lie, favorable au tutoiement plutôt qu’à ce « partez » qui ne rime à rien. On soupçonne ici un usage figé de la 2e personne du pluriel.
Admirez le type d’aberrations grammaticales nées de vos inconséquences :

Allez tais-toi va

 

♦  Puisqu’on en est à accorder en genre et en nombre, si le sprint se déroule entre filles, pourquoi « prêts » reste-t-il invariable ? Les garçons du sexe masculin courent notoirement plus vite, c’est physiologiquement établi mais quand même, ‘peu de respect.

 

♦  Ensuite, n’oubliez pas que tout ceci est informel. Si « à vos marques » invite les athlètes à rejoindre leur poste sur la piste, l’appel s’avérera totalement superflu en pleine rue et en l’absence de tout starting-block homologué. De toute manière, la demi-portion qui s’apprête à s’élancer est déjà en position : à quoi bon forcer le trait ?

 

♦  Quant à l’ultime sommation, sauf à disposer d’un pistolet pour donner le départ, par pitié, pas de « feu » qui tienne. Même chez les professionnels, la détonation ne provient plus d’une arme mais se déclenche électroniquement.
En sus d’être obsolète, l’injonction est redondante. Si à « prêt », le petit camarade a déjà levé le genou, qu’est-il censé faire à « feu », je vous le demande ? Se crisper un peu plus et perdre ses moyens, c’est ça que vous voulez ?

A l’introduction d’une mêlée au rugby, l’arbitre déclame d’ailleurs un quatrain similaire : « crouch, touch, pause, engage ! » (devenu depuis « crouch, touch, set ! », ce qui au passage perd terriblement de son charme). Habile dramaturgie dont le seul intérêt est là encore l’épilogue – le signal pour lâcher les clebs.

 

Lardons, de grâce, mettez-vous en train dans les règles de l’art et uniquement au son de

Prêt(e)(s), vraiment prêt(e)(s), vraiment vraiment prêt(e)(s), pars (partez).

Merci de votre attention.

 

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