Economie de l’écho

 

Un tic nous bousille les esgourdes au point qu’on n’écoute plus le reste : la répétition du sujet avant l’attribut. Dit comme ça, personne ne tilte. Pourtant le phénomène est un phénomène courant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vous remettez ?

Marche avec tout et n’importe quoi :

Une loi qui soit une loi respectueuse de l’environnement ;
C’est une décision qui n’est pas une décision à prendre à la légère.

Plus subtil :

Cette nouvelle est une bonne nouvelle ;
La mesure est simplement, je dirais, une mesure de bon sens.

Si les exemples ci-dessus vous titillent le gène zigouilleur, bienvenue au club des trucidateurs de perroquets. Qui est un club qui reste relativement fermé.

 

Faut dire que la tâche est rude. Entendu l’autre jour dans le poste :

Ces corps sont des corps qui sont des corps…

Record à battre. A mi-chemin entre le surplace et la série de poupées russes de taille identique. Du grand art.

 

Ne pas cracher sa Valda son épithète permet au locuteur de se donner de l’air. Ou des airs, du point de vue de l’interlocuteur. Parce qu’on n’est pas plus avancé, pendant ce temps.

Pire, la répétition est à ce point contiguë qu’elle confine au déni de sens, fléau de cette rogntûdjû d’époque.

 

Inspirons-nous des matheux, toujours prompts à réduire leur équation au plus petit dénominateur commun. Pourquoi se priver de ce plaisir vengeur dans la grammaire de tous les jours ?

Une loi qui soit une loi respectueuse de l’environnement ;
C’est une Cette décision qui n’est pas une décision à prendre à la légère.

Ce serait sinon une bonne nouvelle, du moins une mesure de bon sens.

Merci de votre attention.

 

Publicités

Comment se ranger par deux dans une classe à nombre impair ?

 

Sitôt la récré finie, la maîcresse vous enjoint à vous mettre en rang deux par deux. Or, tous les préaux abritant des effectifs impairs, la manœuvre est vouée à l’échec une fois sur deux.
Passons sur le malentendu dans le cas où vous vous appelleriez Depardieu et où vous prendriez toute la place hein quoi qu’est-ce qu’y a.

Ne pas faire de vagues, vous ne demandez pas mieux, à condition que les maths y mettent du leur. Discipliné, d’accord. Bête, non.

Comment faire comprendre que vous n’êtes pas moins sociable que les autres ? Et que vous ne méritez ni d’être mis(e) à l’index ni de devenir l’objet de la vindicte ? Encore plus cruel que les chaises musicales, comme situation.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en mouton noir civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Exigez du rectorat que tous les effectifs soient pairs. Ça a l’air impossible mais il suffit de faire passer un élève d’une classe impaire dans une autre pour obtenir deux classes paires (et bien rangées).

 

♦  Faites un roulement. Vous donnerez la main à un voisin différent chaque fois, ce qui vous ouvrira des perspectives quant à vos futures conquêtes.

 

♦  Pour la maîcresse, cette histoire de rang est moins une manière de mesurer son autorité que de recompter ses ouailles. Vous lui faciliterez la tâche en rompant ostensiblement la symétrie, signe que le compte est bon. Attention, ruse improductive si tous vos petits camarades en font autant.

 

♦  Epatez tout le monde avec votre science des divisions. Si la classe compte 27 éléments, rangez-vous par 2,076923076923077 par 2,076923076923077 ou 1,928571428571429 par 1,928571428571429.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

La société des cyclones

 

Un beau jour de tempête nous vint l’idée de donner un prénom aux ouragans. Cerise sur le gâteau déjà bien imbibé.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour commencer, on ignore qui préside au choix du nom. Les météorologues ? Et où se tient leur conclave ? Aux Stazunis, probablement. D’ailleurs, jamais de Marcel ni d’Ernestine à l’horizon. Irma, José, Katrina… uniquement des noms ne connaissant pas de frontières – comme les déferlantes.

Ce faisant, on occulte le plus important : la nature se venge. Dire Katrina au lieu de « l’ouragan de 2005 », ça le transforme en monstre, étranger à nous, bien identifiable. Et ça évite de remonter à la cause – nous en l’occurrence, qui déréglons le schmilblic.

 

Du grand Manitou aux elfes en passant par Belzébuth, nommer ce qui nous dépasse est vieux comme le monde. Les ouragans ne font pas exception, avec leur brusquerie caractéristique à la limite de l’impolitesse.

 

Mais alors, quid des autres phénomènes naturels ? Pensez pas que les avalanches aimeraient qu’on leur donne du Martha de temps en temps ? Et les tremblements de terre ? A la prochaine secousse, on n’aura qu’à dire que c’est James le coupable.

Avocat du diable : on baptise bien les étoiles. Objection, votre Honneur : c’était bien le moins. Jusqu’à supernova preuve du contraire, elles sont là de toute éternité. Alors que le Andrew, hein, il ne va pas se repointer demain, surtout maintenant que tout est retapé.

Quant à l’anticyclone des Açores, on ne l’appelle pas. Normal : il ne nous a pas attendus pour jouer les garde-côtes.

 

Le pire, c’est que cette parodie d’état civil a des effets pervers. Les statistiques montrent en effet que les cyclones « filles » sont trois fois plus meurtriers. Motif : on les associe à la douceur maternelle. Et, khôn comme on est, on ne se barricade plus vraiment. Imelda face à Sauron : il est vrai que présenté comme ça, on ne donne pas cher de la peau de la donzelle.
Heureusement, Superman est là.

Merci de votre attention.

 

Escaliers

 

Les escaliers ou l’ascenseur ? Question idiote puisque dans tous les cas, on ne peut en prendre qu’un à la fois.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Mettez-vous à la place du maçon : la construction d’un escalier ne lui fait pas peur. Commandez-lui-en plusieurs et vous vous heurterez à un refus catégorique.
Vous qui croyiez monter et descendre quatre à quatre les escaliers, alors que c’étaient les marches ! Ni très sympa pour les marches, ni très respecteux de l’ouvrage.

De même, se croiser « dans les escaliers » est hautement improbable, d’autant que « sur les marches » est à peine plus heureux (surtout avec un boulet).

En guise de patch, rien de tel qu’un complément. Ajoutez « principal » ou « de service » à escalier, le blème est évacué aussi vite que le bâtiment : c’est le singulier qui s’impose.

Si les symptômes persistent, prenez les trois marches qui vous servent de perron. Y voir des escaliers ne vous effleure même pas l’esprit (du même nom) ; vous êtes guéris. Ce qui pose la question de savoir à partir de combien de marches « l’escalier » devient « les ». Zéro, z’avez encore marché. Revenez dans six mois.

Au fait, la fois où il vous prit l’envie de dévaler les escaliers sans vous tenir à la rampe, ne vous rétamâtes-vous pas en beauté ?

 

L’erreur est aussi proportionnelle au nombre d’étages. A chaque palier, l’escalier se subdivise, c’est humain. De là à distinguer « l’escalier du premier » de « l’escalier du deuxième » et suivants, il n’y a qu’un pas.

Mais transposez aux châteaux de la Loire : colimaçon d’un seul tenant. Sentez comme « les escaliers » y ferait populo ?
Et celui du festival de Cannes ? On ne dit même pas escalier, encore moins escaliers, tout juste « montée des marches ». Sans doute parce qu’on y avance comme un escargot, pour pouvoir se faire crépiter dessus sans froisser sa garde-robe.

Car la tentation du pluriel est aussi liée à l’idée de vitesse. Ou au contraire, à la lenteur de l’ascension due au poids des courses.
On vous fait confiance pour la chute.

Merci de votre attention.

 

La fonction Snooze

 

Présente sur tous les réveille-matin, la fonction Snooze nous permet de réviser le pluriel de « réveille-matin », ce qui n’arrive pas toutes les 9 minutes.

Mais recomptons nos moutons, moutons.

Que stipule la notice ?

Appuyez sur SNOOZE. L’alarme s’arrête et se déclenchera à nouveau 9 minutes plus tard.

On n’invente rien, c’est écrit en toutes lettres, y’a qu’à se baisser, c’est à peine croyable.

Révisons. Si l’on en croit la VO (« roupiller, faire la sieste »), to snooze est plus proche de la somnolence que du sommeil profond.
La fonction du même nom se matérialise par un bouton plus gros que les autres, histoire d’optimiser les tâtonnements à potron-minet.

 

Ceux qui se targuent de vous sortir du pieu partent donc du principe que vous êtes une grosse feignasse. Et que l’heure à laquelle vous avez mis le réveil est nulle et non avenue puisque la fonction Snooze vous laisse une marge de n x 9 minutes. Pas 8, pas 10. Etudes physiologiques à l’appui ? Nous sommes sûrement programmés pour nous hhhhrrrrmgnmgnmgnrendormir dans ce laps fatidique.

 

Infernal ! Comme s’il ne suffisait point qu’une alarme de tous les diables nous arrachât des bras de Morphée, le méfait se perpètre à intervalles réguliers avec notre consentement. De la moutonnerie à l’état pur ou on ne s’y connaît plus.

 

C’est surtout l’échec du concept même de réveil. Lequel ne parvient plus à vous sortir du lit d’un seul coup. Les fabricants y intègrent donc de quoi prolonger votre nuit et flatter vos bas instincts.

 

Mais pourquoi s’embarrasser d’un réveil qui autorise à pioncer de plus belle ? Mieux vaut se lever avec les poules, comme au bon vieux temps.
Non sans avoir trucidé le coq.

Merci de votre attention.

US go home

 

Un déploiement de troupes américaines et, ni une ni deux, les zinfos parlent de « soldats US ». On reconnaît bien là les journalistes FR.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A ceux qui s’en prennent plein la poire, l’estampille indique en toutes lettres vers qui se retourner. C’est là son seul mérite.
On comprend le but de la manœuvre : aller plus vite, en se la pétant un peu – les occasions sont tellement rares. La paraphrase évite surtout d’avoir à répéter « américains ».

Sauf qu’avec le nom « soldats », pas trente-six solutions, mes colons : adjectif (« états-unien », moche mais réglo) ou complément du nom (« de la première puissance mondiale » ou « de l’Oncle Sam », vous parlez d’un raccourci). « US » étant le nom d’un pays – United States, au cas où nous l’aurions forgotten -, on ne voit pas bien comment il pourrait qualifier « soldat ». Lequel devient alors de la « bleusaille Etats-Unis », littéralement.
Ou alors, il faudrait mettre tous les contingents à la même enseigne : « soldats GB », « soldats ITA », « soldats D », « P4 »…

Oh mais on n’a rien contre les sigles, du moment qu’ils laissent la grammaire en paix – à défaut de la planète.

 

Explication : à force d’entendre causer de l’US Navy, de l’US Air Force et de voir des US en surbrillance à même le missile ou la carlingue, il était fatal que le glissement s’opérât sur le troufion lui-même.

Au fait, cet US soldier a un p’tit nom dans le civil l’intimité ! GI, strict équivalent de « soldat US », en encore plus court. Même les grammairiens les plus coriaces n’y trouveront rien à redire vous pouvez y aller.

 

Et quand on sait que GI = gastrointestinal en abrégé et « diarrhée » en argot, pourquoi continuer à se faire chier avec « soldats US » ?

Merci de votre attention.

En forme de cœur

 

Spontanément, vous pensez à ça :

Or, les cardiologues le voient plutôt comme ça :

Et qui aurait le cœur à les contredire ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

C’est vrai, on a beau l’inspecter sous tous les angles,

rien qui ressemble de près ou de loin à deux courbes qui finissent en pointe, symbole pourtant universel du siège des sentiments.

D’où vient que nous le figurons toujours de façon aussi cucul-la-praline de la sorte ? Avec ou sans crayon d’ailleurs : nos pouces et nos index réunis suffisent à recréer l’illusion. Et toute l’assistance de trouver ça gnangnan choupinet derechef.
Quant aux < 2 et < 3 du langage SMS, pourquoi ? Prrrt. Le mystère s’épaissit à la vitesse d’une béchamel au galop.

 

Graphiquement, certes, la chose est fermée, pleine et symétrique. Un cocon respirant l’harmonie. A ce compte-là, ceci :

aurait très bien pu faire l’affaire.

 

Inutile de tourner autour du pot : pour ces messieurs, ces deux orbes évoquent inconsciemment les vôtres, filles du sexe féminin, et votre propre attirail, mectons, pour ces dames. L’amour n’a rien à voir là-dedans.

 

Nous ferions de bien piètres anatomistes dites donc. D’ailleurs, avez-vous déjà vu un pancréas ou une vésicule stylisés ? Palpitant excepté, aucun organe vital n’a jamais l’honneur d’être représenté, a fortiori sur le tronc des arbres. Sans doute parce qu’on ne se relève pas d’un cancer du pancréas.
Mais d’une peine de cœur ?
Et d’une béchamel foutue ?

Merci de votre attention.