Comment garder un bout de couette ?

 

Ce n’est pas lorsqu’il se soumet à Dieu, au capital ou au dogme de son choix que l’Homme court à sa perte. Son véritable avilissement, sa servitude volontaire, c’est de se faire piquer sa couette en pleine nuit. Tirer la couverture à soi jusqu’au tréfonds du plumard, voilà ce qui caractérise nos civilisations.

Malgré la résistance héroïque de vos petits bras grêles, c’est toujours au hasard d’un caprice de Mgnmgnmorphée que votre compagnon de page vous dépossède. Malaise sur l’alèse. Le froid subi par votre flanc ainsi découvert n’est rien à côté de celui jeté sur le petit déj à venir.

Les fabricants de couettes eux aussi vous ignorent, puisqu’ils n’ont jamais songé à les faire pendouiller de chaque côté à la longueur idoine.

La théorie de l’espace vital a encore de beaux jours belles nuits devant elle.

couette2Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en annexé civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  L’amputation de votre co-alité.

 

♦  Le célibat le plus forcené.

 

♦  Ou au contraire, le ménage à trois. A condition que vous ronquiez au milieu.

 

♦  Et pourquoi pas chacun sa couette, comme pour l’oreiller ? Les fabricants de couettes n’y ont jamais songé non plus.
Il ne vous paraît pas hautement improbable que les fabricants de couettes soient un peu bas de plafond, finalement.

 

♦  La couette cousue au matelas. Nécessite un matelas de rechange les nuits de canicule.

 

♦  La couette cousue sur vous. Présente l’avantage de ne pas devoir vous habiller le matin.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Montre à mails

 

On connaissait l’amour à mort, la mouche à merde, voici la montre à mails. Pompe un temps précieux et fait dzzzz tout pareil quand elle se manifeste.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’heure locale étant désespérément la même pour tous, le blaireau a désormais la possibilité de se distinguer en s’enchaînant se connectant au monde par le poignet. Le laissant juge, à chaque décharge électrique vibration (faudrait surtout pas louper un spam), de l’importance d’une notification qu’il ouvrira plus tard sur un autre appareil adapté.
Notez qu’il lambinera toujours autant pour répondre à ses messages. Mais au moins, le joujou, il l’a. Et il a suffisamment raqué pour.

 

Ainsi lui suffit-il de chuchoter au cadran pour allumer la lumière de son doux foyer au moment où il franchit le seuil. Alors qu’en économisant de la salive de blaireau, il aurait déjà appuyé sur l’interrupteur. On n’arrête pas le progrès.

 

C’est dire comme la montre à mails simplifie la vie, avec des tas d’applications tellement pratiques qu’elles se trouvent aussi dans le téléphone du blaireau, qui n’en utilise pas les trois quarts.

Pour pas qu’il se doute, la fonction téléphone est elle-même incluse. Comme ça, quand le blaireau sent qu’on l’appelle sur son bracelet, il va ni une ni deux chercher son téléphone pour causer dedans.

 

Oui bon, les fabricants conviennent eux-mêmes des limites de leur couteau suisse. La taille de l’écran notamment. On laisse à penser ce que donne là-dessus la lecture d’un itinéraire ou d’un billet de blog au hasard.

Vivement la technique qui fera doubler le poignet de volume. Pour le cerveau, ça risque d’être un peu plus long.

 

Plus les montres nous prennent du temps, moins elles donnent l’heure.

Merci de votre attention.

 

« Et pour le pire » ?

 

Une phrase résonne assez peu à nos oreilles pourtant récurées pour l’occasion : les deux tourtereaux s’unissent pour le meilleur et pour le pire. La franchise du cureton l’honore ; pas fou, vu le guêpier.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A l’inverse d’un contrat ordinaire où les astérisques se planquent au dos, tout riquiquis, celui-ci est prononcé solennellement, au micro, devant un parterre d’invités, pour ne pas dire de témoins. Loin d’être tu ou évoqué à mots couverts, le pire est donc mis sur le même plan que l’agréable. En prévision, surtout, restez bien soudés.

Déjà, se faire dicter sa conduite en la matière par le seul gus au monde ayant fait vœu de célibat, ça vaut son pesant de dragées.

Bien qu’il passe outre cette dernière mise en garde, le couple aspire donc au désamour éventuel en toute connaissance de cause.

 

Au fait, quel lieu plus approprié pour célébrer cette conception de l’amour comme entité extérieure appelée à « durer toujours » que celui où, coïncidence, on fait mine de croire (en groupe, histoire de se serrer les coudes) à l’éternité après qu’une entité extérieure nous a rappelés à Ses côtés ?

Rien d’étonnant qu’à peine sorti de l’édifice, tout le monde aille presto klaxonner dans les rues pour s’empêcher très fort de mesurer la supercherie.

 

Heureusement, y’a des poètes qui font leur boulot.
Nougaro :

Car il faut qu’un matin les amants s’engrillagent.

Ainsi que l’oncle Georges dont on relira La non-demande en mariage en intégralité.

 

Ceci dit sans vouloir imposer ici l’union libre, ce qui constituerait un oxymore de belle taille. Chacun fait ce qu’il veut, hein, du moment qu’il ne se voile pas la face.

Merci de votre attention.

 

Comment terrasser la force de l’habitude ?

 

Eh ben pour changer, on ne convoquera pas Flaubert – décevant sur ce coup-là – mais son contemporain Ambrose Bierce, diabolique de précision :

Habitude : entrave à la liberté.

Ça, c’est de la définition qui claque. Bierçounet, chapeau bas.

Evidemment, les habitudes ont du bon. Telles des vahinés, ce sont elles qui discrètement vous éventent le cerveau à chaque geste anodin, sans quoi la soute à réflexion exploserait.
De là à ce que pépère sombre dans la mollesse, la frontière est parfois ténue.
Car les garces ont leur vie propre. Et vous jouent des tours : sucrer son caoua, s’asperger de déo, autant d’actes accomplis si machinalement que vous n’en avez même plus conscience. Dans le doute, et pour mieux détourner de vous le souffle glacé d’Alzheimer, vous doublez la dose.
Bilan des courses : aisselles qui cocottent et petit déj effroyablement gâché.

sucre

La tentation est grande alors de tout envoyer valser. Cédez-y avec parcimonie : le café peut se savourer nature, le dessous de bras déjà moins.

Enfin, tout à la joie de vous défaire de vos habitudes, ne vous contentez pas d’en changer. Charybde, Scylla, tout le tintouin.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en marionnette civilisée.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Tout commenter. Huit secondes et demie suffiront pour constater à quel point les habitudes vous mènent par le bout du museau à longueur de journée.

 

♦  Lorsque vous sentez l’habitude sur le point de vous dicter votre conduite, prenez-en aussitôt le contrepied. Evitez la manière littérale si vous pratiquez le football ou le saut. Sans votre pied d’appel, vous deviendriez la risée du stade.

 

♦  Profitez de votre prochaine IRM pour négocier avec les infirmiers un séjour prolongé. Blanchi(e), logé(e), nourri(e) en intraveineuse, le tout sans bouger d’un poil : à la porte du sas qu’elles resteront, les habitudes.

 

♦  Plutôt que de changer de déco, de longueur de cheveux ou de moyen de locomotion, attaquez le mal à la racine. Dès que vous vous serez habitué à ses défauts, changez d’amoureux(se). ‘Tention toutefois à ne pas vous disperser en relations sans lendemain qui, si elles constituent l’extrême inverse de l’habitude, feront grincer des dents tôt ou tard. N’oubliez pas que votre liberté

s’arrête là où commence celle d’autrui.

Lumineuse pensée dont l’auteur dut, lui aussi, faire une nuit complète – en galante compagnie encore bien.

 

Dignité et flegme, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

¯¯¯¯

Le dictionnaire du Diable d’Ambrose Bierce (éd. J’ai Lu, coll. Librio). Toute cette intelligence à 2 €, c’est limite anti-commercial.

Fulgurance #78

Les couverts en plastique ne coupent rien, fors l’appétit. S’ils continuent de se vendre, c’est uniquement pour éviter d’avoir à emmener nos propres couverts (qui, eux, coupent et piquent normalement).
Mais alors, pourquoi pas des tire-bouchons en plastique ? HEIN ?

Déposer les statuts

 

A chose bizarre, mot zarbi. Sur un rézosocio dont le nom et l’intérêt m’échappent, il est de bon ton d’entretenir le feu en postant régulièrement un statut. Ne vous y trompez pas, rien à voir avec l’état civil quasi-immuable qui vous caractérise (blase, date de naissance, vie de famille). Au contraire, est prétexte à nouveau statut toute variation d’humeur, dont la planète pourra profiter en temps réel. Comme un blog alors ? La distance en moins, l’immodestie en plus. Titillez pas, hein.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Voici, tirée du dico, la définition la plus proche de ce statut nouvelle manière :

Situation qu’une réalité occupe dans un contexte donné.

A des années-lumière de l’auto-mise en scène susdite, s’pas ? Quant aux

rapports légaux qui s’établissent entre les hommes en l’absence de tout acte de volonté de leur part,

voyez par quelle cyber-ironie notre statut du jour en est l’exact inverse : le rapport à sa communauté dont chaque mouton membre décide seul dans son coin en fonction de l’inspiration.

A l’instar des journaux de la veille, le statut est donc une denrée hautement périssable. Celui qui le poste en dit généralement trop ou pas assez, dans le but de susciter qui des pouces levés, qui des commentaires du troupeau :

[X] en mode véner.
[Y] est tro contante.
[Z] vient de faire une grosse bêtise.

C’qu’il faut pas faire pour se sentir exister, pfouaaah.

D’un clic incontrôlé, vous pouvez même « faire savoir à tous vos amis » de quand datent vos dernières emplettes en ligne et en quoi elles consistent. Je laisse à penser le scoop qui apparaît alors en guise de statut. Dans le genre servitude volontaire, on approche dangereusement du taquet.

 

Regrattons à la porte de l’étymo. Un statut n’est jamais que le résultat de quelque chose dont on a statué, de statuere : « établir, dresser, mettre debout ». Comme les statues des Romains, voui.
De là à en ériger une à Zuckerberg, faut peut-être pas pousser mémé dans les orties. Surtout si elle est en short.

Merci de votre attention.