Live

 

Vous aviez rotin ou atelier vinaigrette mais permettez que je vous coupe dans votre élan : il y va du bon usage de live. Non le verbe anglais [liv] dénué de toute équivoque, mais son rejeton [lajv]. Adopté par maintes langues dont la nôtre, il règne quant au sens de l’adjectif un certain flou. « En direct » ou « en public » ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sur les ondes, live se dit sans sourciller d’une émission « en direct ». S’agissant d’une captation destinée à un support audio ou vidéo, c’est au contraire « en public » qui vient à l’esprit. « Au contraire » insisté-je, car les faits sont têtus : on peut entendre une causerie confinée aux murs d’un studio « en direct » aussi bien que refroidie devant de nombreux témoins.

Car entendons-nous bien, live n’est qu’alive élagué. La langue française glorifie bien le « spectacle vivant » dès qu’un zintermittent arpente une scène en chair et en os. Pour curieuse qu’elle passe aux esgourdes des non natifs, l’expression se justifie pleinement : je pourrais vous citer une paire de « spectacles morts » à éviter de toute urgence.

 

En terre angliche, live au sens de « en personne » est attesté en 1934. La TSF y apparaissant quelque quinze berges plus tôt, tout porte à croire que le glissement sémantique s’est opéré fissa de l’artiste (« en public ») à l’animateur (« en direct »), selon qui se trouvait dans la lumière. Le transistor a rendu cette personne invisible pour l’auditoire et réciproquement. Lacune « physique » qu’est sans doute venue combler l’acception « en temps réel »…

 

A l’oral, la faille spatio-temporelle s’estompe carrément :

Il l’a fait comme ça, live !

(« devant moi » / « dans l’instant »).

Le mot sert même d’excuse aux ratages de tous ordres :

 Allez, pas grave, c’est du live…

De la spontanéité érigée en grand n’importe quoi (on n’est pas tenu d’adhérer).
Comble de la dépréciation,

 c’est parti en live

supplante régulièrement des tournures déjà fort argotiques comme « en vrille » ou « en sucette ».

Sautant à pieds joints dans la redondance, le français a donc fabriqué « en live » et même « en direct live », censés accentuer l’importance de l’événement. Dans le genre « qui voudrait avoir l’air mais qu’a pas l’air du tout », nous tenons notre rang avec une constance qui force l’admiration.
Il s’en faudrait de peu que live ne parte « en couille ».

Merci de votre attention.

 

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